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La souffrance au travail des agents du fisc

Les syndicats de Bercy soulignent des indicateurs préoccupants malgré une amélioration

Série noire au sein du fisc. En 2025, 19 personnes dépendant de la direction générale des finances publiques (DGFiP) se sont suicidées et 21 ont tenté de le faire. Un suicide et une tentative ont eu lieu sur le lieu de travail. De tristes chiffres, presque deux fois supérieurs à ceux de 2024 où 9 suicides et 13 tentatives avaient été recensés. «  Et nous venons d’apprendre une première tentative de suicide pour 2026  », se désole Sandra Demarcq, la secrétaire générale du syndicat Solidaires-Finances publiques. Si les causes de ces drames sont multiples et relèvent parfois de situations personnelles, les facteurs professionnels ne doivent pas être oubliés, jugent les représentants du personnel. Savoir si ces morts sont liées au travail, au moins en partie, reste néanmoins difficile à établir. Dans bien des cas, le lien est parfois ténu. «  Le passage à l’acte est souvent multifactoriel, mais on ne nie pas qu’il puisse y avoir des enjeux professionnels  », explique-t-on au sein de la DGFiP.

Face au profond malaise suscité par cette vague de suicides, l’administration fiscale a sorti, fin 2025, un plan d’action d’«  amélioration des conditions de travail  » et de «  prévention des risques suicidaires  ». Au menu entre autres  : la systématisation des enquêtes internes à la suite d’un événement grave quel que soit le lieu où intervient celui-ci, la formation renforcée des encadrants sur la détection des signaux faibles, le déploiement de formations de «  premiers secours  » en santé mentale et, plus globalement, un meilleur accompagnement des agents en difficulté…

Ce plan «  a la vertu d’une prise de conscience collective que rien ne va plus  », souligne Solidaires-Finances publiques. Le premier syndicat de la DGFiP regrette toutefois qu’il «  ne s’attaque pas aux causes réelles du mal-être au travail des personnels  ». Pour les organisations syndicales, en effet, les origines du malaise se trouveraient avant tout du côté des réorganisations et des suppressions d’emplois, pour lesquelles Bercy est régulièrement mis à contribution. Et, ajoutent-elles, le moral des agents du fisc est toujours aussi fragile, comme celui, plus globalement, de l’ensemble des personnels de Bercy.

«  Le négatif prédomine  »

Les syndicalistes en veulent pour preuve les résultats de l’édition 2025 de l’observatoire interne des ministères économiques et financiers, qui leur ont été présentés mi-décembre par l’administration. Cette enquête annuelle mesure la satisfaction des agents à l’égard de leurs conditions de travail. Au total, 65 972 agents ont y répondu, soit plus d’un agent de Bercy sur deux (51 %), un taux en hausse par rapport à 2024, où 45 % de répondants avaient alors été recensés. Cette progression «  est le fruit d’une forte implication de la direction et de son encadrement  », explique-t-on aux ministères. Les délais de réponse ont notamment été rallongés et de nombreuses relances ont été adressées aux agents. Les syndicats, pour leur part, y voient un fort besoin d’expression de leurs collègues dans un contexte de réorganisation.

Mais qui dit enquête de l’administration, dit divergence de lectures entre les services ministériels et les syndicats. Bercy, de son côté, met en avant une tendance «  positive  ». «  L’engagement des agents progresse de façon sensible, ainsi que tous les critères de qualité de vie au travail  », explique-t-on. Sur l’ensemble du périmètre ministériel, 73 % des répondants se disent satisfaits de l’ambiance de travail, et 72 % de l’équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle. Ces indicateurs sont respectivement en hausse de 4 et 5 points par rapport à l’édition 2024 de l’observatoire. Les résultats, ajoute-t-on, «  attestent d’une dynamique globale positive confirmée par un sentiment d’être reconnu et valorisé dans son travail au plus haut cette année  », comme c’est le cas de 48 % des répondants.

«  La réalité est bien plus contrastée que ne le suggère la communication de l’administration, critique Sandra Demarcq, de Solidaires-Finances publiques. Il ne faut pas tout peindre en noir. Il y a quand même de l’amélioration, mais des indicateurs négatifs perdurent.  » La syndicaliste souligne surtout des résultats «  très nettement  » inférieurs aux moyennes du reste de la fonction publique d’Etat. Des écarts qui, selon elle, «  traduisent une dégradation profonde des conditions de travail  ».

A titre d’exemple, sur leur état d’esprit, 33 % des agents de Bercy se disent désabusés, 29 % fatigués et 25 % inquiets, contre une moyenne comprise entre 10 % et 20 % sur l’ensemble de la fonction publique d’État. «  Le négatif prédomine toujours  », reconnaît d’ailleurs l’administration dans la synthèse de ses résultats. «  Mais la tendance est à l’amélioration  », ajoute-t-elle. Insuffisant pour convaincre les syndicats, qui citent d’autres chiffres relatifs aux perspectives d’avenir.

Contre 67 % sur l’ensemble de l’Etat, seuls 27 % des agents de Bercy estiment que leur direction évolue «  dans le bon sens  ». Des disparités sont à noter toutefois selon les directions. Ce sentiment positif est partagé à 63 % au sein du Trésor, à 56 % au sein de la direction générale des entreprises et à 42 % au sein de l’administration centrale. Il tombe, en revanche, à 30 % à la répression des fraudes, à 26 % à la DGFiP et même à 22 % au sein des douanes. Plus d’un agent sur deux ne se dit pas non plus optimiste quant à l’avenir au sein de sa direction.

Fort niveau de stress

«  Le ressenti personnel reste globalement dégradé  », estime Pascaline Kerhoas, la secrétaire générale de FO-Finances, en relevant aussi un stress lié au travail «  plus élevé que la moyenne  », même si celui-ci recule très légèrement. Les agents de Bercy déclarent ainsi une note de stress de 6,1 sur 10 contre 5,89 pour l’ensemble des agents de l’État. «  Il faut surtout noter qu’un tiers des agents a un niveau de stress compris entre 8 et 10  »,tonne Pascaline Kerhoas. Ce stress est d’ailleurs plus marqué parmi les encadrants de catégorie A et B, avec des notes s’élevant respectivement à 6,7 et 6,6. «  Ces encadrants sont ceux qui se sentent le moins bien en termes de pression subie, de manque de reconnaissance, de valorisation et de rémunération  », ajoute la représentante de Force ouvrière.

L’observatoire «  confirme des progrès réels et mesurables, qui ne doivent pas occulter l’existence de marges d’amélioration ciblées et d’axes de progrès identifiés  », concède l’administration. Ces axes, promet le ministère, sont «  déjà pleinement intégrés aux travaux conduits par le ministère dans une logique d’amélioration continue et de dialogue social  ». Les syndicats le prennent au mot.

Article Le Monde du 22 janvier 2026

Article publié le 23 janvier 2026.


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