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Suppressions massives de postes, augmentation de la durée annuelle de travail, jours de carence… Bruno Retailleau a dévoilé le 12 octobre un plan d’économies de 197 milliards d’euros dans lequel la fonction publique n’est pas épargnée. Le candidat LR veut par ailleurs supprimer la plupart des agences de l’État et privatiser certaines missions.
C’est à qui parviendra à réaliser le plus d’économies. Moins d’une semaine après Marine Le Pen, le candidat LR à la présidentielle, Bruno Retailleau, a présenté à son tour un plan visant à “remettre de l’ordre dans les comptes publics”, le 12 octobre. Et comme la prétendante d’extrême droite à l’Élysée, le président des Républicains n’entend pas faire de cadeau aux administrations. Pour réaliser 197 milliards d’euros d’économies d’ici 2032, il met lui aussi l’État en première ligne, prévoit de revoir son fonctionnement, de réduire son périmètre ainsi que sa masse salariale.
Le “gros coup de frein sur la dépense publique” envisagé par Bruno Retailleau est chiffré à 91 milliards d’euros du côté de l’État, parmi lesquels 56 milliards d’euros d’économies seraient obtenus en réformant son fonctionnement. L’une des mesures phares : supprimer la quasi-totalité des agences et opérateurs. Dénonçant des “dérives qui ont rendu l’État non seulement dépensier mais surtout impuissant”, Bruno Retailleau a soutenu que les 1 153 agences recensées lors de la commission d’enquête pilotée par la sénatrice LR Christine Lavarde l’an dernier “ont démembré l’État”.
“Elles ont leur vie, leur cap, et elles échappent pour une partie d’entre elles au contrôle de l’État. Ce n’est pas possible, d’autant plus qu’elles ont créé une fonction publique extrêmement nombreuse”, a-t-il argué, aux côtés de la nouvelle rapporteure du budget au Sénat et de son homologue à l’Assemblée, Philippe Juvin. S’appuyant sur le rapport Lavarde, le patron des Républicains a annoncé que “la suppression sera la règle, et la prolongation d’activité l’exception”.
Optimiser la masse salariale via l’IA
Deuxième levier avancé par le candidat LR pour mettre l’État à la diète : agir sur la masse salariale. “Celles et ceux qui n’assumeront pas une diminution du nombre d’agents publics ne pourront pas redresser les comptes”, a-t-il soutenu. Il a réitéré sa cible de supprimer 600 000 postes de fonctionnaires sur 10 ans, en précisant que 400 000 non remplacements de départ en retraite interviendraient durant le prochain quinquennat. “Comment y parvient-on ? En étant plus efficace”, a soutenu Bruno Retailleau.
Ajoutée à “plus d’efficacité” et à une “meilleure organisation”, l’optimisation du travail des agents publics passerait avant tout, selon le patron des Républicains, par un recours accru à l’intelligence artificielle. “L’intelligence artificielle va être quelque chose de fondamental qui va tout bouleverser, et elle va nous permettre de transformer notre fonction publique comme on n’a pas su le faire depuis des décennies”, a-t-il assuré, tandis que le statut de la fonction publique fêtera son 80ᵉ anniversaire le 19 octobre prochain.
L’ancien ministre de l’Intérieur a cependant assuré que déléguer les tâches “répétitives” et “très administratives” à l’intelligence artificielle permettrait, en contrepartie, de “remettre sur le terrain” 150 000 fonctionnaires.
Augmentation du temps de travail et du délai de carence
Des fonctionnaires qui, si Bruno Retailleau venait à accéder à la présidence de la République, devraient travailler davantage. Afin “d’aligner le temps du travail du public sur celui du privé”, le candidat LR a annoncé une mesure non négligeable : l’augmentation de 16 heures de plus par an du temps de travail des fonctionnaires, qui passerait ainsi de 1 607 à 1 623 heures. “Cela n’a jamais tué personne”, s’est-il risqué, avant d’assurer que “dans un certain nombre de collectivités, y compris d’ailleurs dans la fonction publique de l’État, un certain nombre de fonctionnaires ne sont pas aux 1 607 heures par an”.
Par ailleurs, le tableau des économies envisagées transmis à la presse fait état de la mise en place de trois jours de carence dans la fonction publique, à l’image du privé, tandis qu’un seul jour de carence s’applique aujourd’hui en cas d’arrêt maladie. Le retour d’une mesure qui avait fait polémique lorsque l’ancien ministre de la Fonction publique, Guillaume Kasbarian, avait souhaité l’instaurer, dont Bruno Retailleau espère tirer 3 milliards d’euros d’économies d’ici 2032.
Privatiser une partie du fonctionnement de l’État
Le patron des Républicains ne souhaite pas seulement rapprocher le statut de fonctionnaire du privé : il compte également lui déléguer davantage d’actions aujourd’hui assumées par l’État. L’intention est claire : “confier au privé ce qu’il fait mieux que l’État”. Les champs d’activités cités sont larges, de l’immobilier aux achats, en passant par les systèmes d’information. “Si nous sommes le deuxième pays le plus piraté sur le plan numérique au monde, c’est tout simplement car nos systèmes numériques sont souvent à l’âge de pierre”, a-t-il lancé.
“On ne peut plus compter le nombre de logiciels qui ont été payés à grand renfort d’argent public et qui fonctionnent mal”, a poursuivi le sénateur de la Vendée, faisant référence à un logiciel mobilisé par la police judiciaire, et qui nécessitait “17 clics pour annexer une pièce à la procédure”. Privatiser certaines responsabilités permettrait, selon les estimations du candidat, d’économiser 5 milliards d’euros.
Répartition des 56 milliards d’euros d’économies envisagées sur la sphère État
– 400 000 départs en retraite non remplacés (IA, 1 623 heures) : 25 milliards d’euros
– Contrats non renouvelés et départs volontaires, hors départs en retraite (opérateurs) : 5 milliards d’euros
– Agences et opérateurs : 7,5 milliards d’euros
– Mise en place de la méthode de “budget base zéro” sur les interventions de l’État : 11,5 milliards d’euros
– Doublons État-collectivités (dépenses de l’État) : 4 milliards d’euros
– Absentéisme : trois jours de carence, autorisations d’absence : 3 milliards d’euros
Article Acteurs Publics du 12 octobre 2026
Article publié le 13 octobre 2026.