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Charge de travail, compétences, autonomie : le dialogue social sur l’IA en passe d’entrer dans une nouvelle dimension

Retenu plusieurs mois par Matignon avant d’être finalement rendu public, le rapport des inspections générales sur le déploiement de l’IA au sein des administrations publiques s’impose déjà comme une référence. Salué pour sa rigueur par syndicats et experts, il pose les jalons d’une transformation qui pourrait concerner jusqu’à 1,2 million d’agents. Si le diagnostic est jugé solide, des angles morts demeurent.

Alors que l’agenda social qui vient d’être transmis aux syndicats par l’administration prévoit deux groupes de travail consacrés à l’IA au cours du mois de septembre, il y a fort à parier que ces séances seront largement influencées, voire rythmées par les conclusions du rapport des inspections générales concernant le déploiement de l’IA au sein des administrations, publié début juillet après moult rebondissements.

La communication autour de ces travaux, qui mettent notamment en lumière des niveaux d’appropriation et d’expérimentation extrêmement disparates selon les administrations, a effectivement été bloquée plusieurs mois par Matignon. “Il est tout de même pénible d’avoir à créer la polémique afin qu’un rapport soit rendu public”, déplore d’ailleurs Pascal Kessler, président de la FA-FP.

D’autant plus que le sérieux et l’intérêt des travaux sont salués par la majorité des experts et organisations syndicales de la fonction publique.

“La rigueur et le sérieux de ce rapport contrastent avec les raccourcis de certaines déclarations publiques cherchant à lier mécaniquement le déploiement de l’IA à des plans de départs volontaires de fonctionnaires”, commente d’emblée Alexandre Bataille, secrétaire général adjoint de la CFDT Fonctions publiques.

Pour Johan Theuret, directeur général adjoint de la métropole de Rennes et co-fondateur du think tank Le Sens du service public, ces travaux constituent une contribution solide pour penser le déploiement de l’intelligence artificielle dans les administrations publiques. “Il rappelle avec justesse que l’IA est avant tout un enjeu de transformation des organisations et non un simple sujet technologique”, détaille-t-il.

Autre élément positif pointé par les observateurs : le rapport insiste sur la nécessité d’investir dans les compétences, la formation et l’accompagnement des agents dans un contexte dans lequel les inspections estiment qu’entre 1 et 1,2 million d’agents publics seraient “significativement exposés” à ces outils et 700 000 d’entre eux pourraient voir leurs tâches partiellement ou totalement automatisées.

Des gains de productivité qui restent difficiles à mesurer

Les travaux ont également le mérite de mettre en avant les phénomènes d’intensification du travail que peut représenter l’utilisation de l’intelligence artificielle. Sur le sujet, d’ailleurs, “les rapporteurs préconisent d’abandonner les critères d’évaluation obsolètes centrés sur les seuls effectifs (ETP) pour adopter une méthodologie fondée sur la valeur globale des projets et leurs coûts complets”, se félicite Alexandre Bataille.

Le rapport pointe aussi les risques de déqualification et de surcharge cognitive liés à l’utilisation de ces technologies.

“Concernant l’emploi, il est bien dit que l’IA permettrait de retrouver du temps pour la relation usagers, mais il ne suffira pas d’un rapport, ajoute Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU. C’est un choix politique qui passe par le maintien de l’emploi public.” Les travaux mettent d’ailleurs en lumière que, dans les entreprises, les gains de productivité sont loin d’être évidents et immédiats et qu’il serait utopique de supprimer des emplois en espérant que l’IA les remplacera.

Les effets de l’IA sur les conditions de travail, la charge de travail, la perte de technicité, l’évolution des compétences ou encore l’autonomie des agents restent néanmoins peu documentés, selon Gaëlle Martinez, déléguée générale de Solidaires Fonction publique. “Le rapport s’appuie surtout sur des projections et quelques retours d’expérience, ajoute-t-elle. En revanche les évaluations indépendantes des effets concrets de l’IA sur le travail et l’emploi restent encore limitées.”

Selon Johan Theuret, d’autres dimensions essentielles restent insuffisamment développées, et notamment comment l’IA peut renforcer ou, au contraire, fragiliser la relation entre l’administration et les citoyens. “Il reste également discret sur les enjeux démocratiques, notamment la transparence des algorithmes, le contrôle citoyen et l’explicabilité des décisions automatisées”, conclut-il.

Article Acteurs Publics du 20 juillet 2026

Article publié le 24 juillet 2026.


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