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Le député RN Jean‑Philippe Tanguy vient de relancer le débat sur l’indemnisation des arrêts maladie des agents publics en appelant au passage de 1 à 3 du nombre de jours de carence dans la fonction publique. Une mesure initialement envisagée par le gouvernement Barnier mais finalement abandonnée par l’équipe Bayrou. Jusqu’à quand ?
FRED TANNEAU/AFP
C’est devenu une arlésienne de chaque débat budgétaire. Alors que les prochains mois seront accaparés par les discussions sur le budget 2026, le député du Rassemblement national (RN) Jean‑Philippe Tanguy a appelé à augmenter de 1 à 3 le nombre de jours de carence dans la fonction publique.
Actuellement, les jours de congés maladie des agents publics sont remboursés à compter du deuxième jour d’arrêt et non à partir du quatrième jour comme c’est le cas dans le secteur privé où sont appliqués 3 jours de carence. “ On ne peut pas dire aux Françaises et aux Français qu’on rase gratis, a défendu Jean‑Philippe Tanguy sur BFM TV. Avec le niveau de dette, on ne peut pas faire croire qu’il n’y a aucun effort à faire “.
Le président du RN Jordan Bardella avait déjà soutenu ce passage à 3 jours de carence dans la fonction publique en octobre dernier. “Je suis favorable à cet ajustement entre les fonctionnaires et les salariés du privé à une seule condition, c’est que les potentiels millions d’euros qui seraient économisés puissent être utilisés pour financer des mesures en faveur du pouvoir d’achat”, avait‑il alors déclaré sur France 2. Jordan Bardella citait notamment à ce propos le paiement des “heures supplémentaires d’un certain nombre d’agents de la fonction publique qui ne sont pas payées”.
La gauche monte au créneau
Sans surprise, les propos de Jean‑Philippe Tanguy ont vivement fait réagir à gauche. “Les fonctionnaires qui croient que le RN défend leurs conditions de travail sont à nouveau trahis”, a critiqué le député LFI Manuel Bompard. “ Allonger le délai de carence, c’est attaquer une nouvelle fois de plus celles et ceux qui font vivre nos services publics, a abondé son collègue Ugo Bernalicis. Plutôt que de renforcer la prévention et la santé au travail, le RN veut punir les malades en leur retirant encore des jours de revenu “.
La critique est la même du côté des écologistes et de la secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts (EELV), Marine Tondelier : “Voilà le programme social et antisystème du RN, la détestation la plus basique des fonctionnaires, empruntée à la droite de François Fillon. Si vous travaillez dans la fonction publique et êtes tenté par le vote RN, vous savez désormais que ce parti ne vous défendra jamais”.
C’est loin d’être la première fois que ce sujet des jours de carence cristallise les tensions. Dernier exemple en date, l’automne dernier, lors des discussions sur le projet de loi de finances (PLF) pour 2025. Le “plan de lutte contre l’absentéisme” du gouvernement Barnier et du ministre Guillaume Kasbarian prévoyait déjà ce passage à trois jours de carence dans la fonction publique ainsi que l’abaissement de – 100 à 90 % – de la rémunération des agents publics en arrêt maladie de courte durée. Des mesures qui avaient même été approuvées par les députés en commission lors de l’examen du PLF. Le tout avec le soutien du camp présidentiel, de la droite ainsi que du RN alors que la gauche s’y était opposée.
Une mesure abandonnée par le gouvernement Bayrou
Mais ça, c’était avant, avant la censure du gouvernement Barnier et la nomination du gouvernement Bayrou qui a tenté de jouer la carte de l’apaisement sur ce sujet des jours de carence. Face à la contestation syndicale, le nouveau ministre de la Fonction publique, Laurent Marcangeli, s’était ainsi dit ouvert à une remise en cause de la mesure portée par son prédécesseur, Guillaume Kasbarian, en la jugeant stigmatisante. Sa collègue des Comptes publics, Amélie de Montchalin, était elle aussi allée dans le sens d’un abandon des 3 jours de carence envisagés par l’équipe Barnier. “ Il a été discuté par (Laurent Marcangeli) et les syndicats de ne pas aller forcément “ sur les 2 nouveaux jours de carence, a‑t‑elle ainsi indiqué début janvier.
François Bayrou avait ensuite confirmé l’abandon de ces trois jours de carence. Le Premier ministre avait alors accédé à la revendication des syndicats mais aussi à l’une des demandes du Parti socialiste, pour tenter d’éviter qu’il vote la censure contre lui. Le PS avait voulu placer les fonctionnaires au cœur d’un accord de non‑censure et obtenu gain de cause. Il n’en était pas allé de même s’agissant de l’abaissement à 90 % du taux de remplacement de la rémunération des agents publics durant leurs arrêts maladie de courte durée, cette mesure ayant été maintenue par l’exécutif. Elle est entrée en vigueur le 1ᵉʳ mars.
En dépit de cet abandon, la piste des trois jours de carence risque en tout cas rapidement de revenir sur la table dans le cadre des discussions budgétaires de cet automne. Les députés de droite (comme certains du camp présidentiel) devraient de nouveau pousser cette mesure. Comme le RN au vu des déclarations de Jean‑Philippe Tanguy formulées après celles de Jordan Bardella. La droite sénatoriale devrait en faire de même, celle‑ci plaidant (en vain) depuis des lustres pour l’augmentation du nombre de jours de carence. Reste une équation de taille : quelle position aura le prochain gouvernement sur ces jours de carence si le gouvernement Bayrou venait à tomber suite à l’engagement de sa responsabilité par le Premier ministre ?
Article Acteurs Publics du 5 septembre 2025
Article publié le 7 septembre 2025.