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Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a convoqué, in extremis, un rendez-vous salarial le 6 juillet avec les organisations syndicales de la fonction publique. Une initiative accueillie avec méfiance : les syndicats conditionnent leur participation à des mesures concrètes. Et sur la méthode de calcul des rémunérations, gouvernement et syndicats s’affrontent déjà.
Alors que le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a proposé, la veille de la conférence de presse intersyndicale sur les salaires, une reprise du rendez-vous annuel consacré à cette question, le cabinet en dit plus sur ses intentions.
Le rendez-vous salarial est fixé au 6 juillet prochain, l’administration ayant, à cette occasion, transmis aux organisations syndicales un nouvel agenda social pour les mois de juin et juillet. “Ce rendez-vous sera l’occasion de présenter les grands indicateurs, notamment sur les finances publiques, et sur la rémunération réelle des agents, précise l’entourage du ministre. Dans la deuxième partie, il y aura éventuellement des mesures qui pourraient être arbitrées, mais il est, pour l’heure, trop tôt pour en parler.”
La seconde partie de la réunion sera consacrée aux perspectives 2027, assure le cabinet. Un moyen de convaincre les syndicats d’y participer ? C’est probable dans la mesure où ceux-ci ont été unanimes : s’il s’agit d’assister une énième fois à un “prétendu constat partagé” sans engager de mesures concrètes et un début de négociations sur l’augmentation du point d’indice, les chaises resteront vides. Pour rappel, déjà lors du précédent rendez-vous consacré aux rémunérations dans la fonction publique qui s’est tenu le 19 mai dernier, l’ensemble des organisations syndicales avaient claqué la porte.
“Il est important de renouer avec ce rendez-vous salarial annuel, poursuit l’entourage du ministre Amiel. Le dernier avait eu lieu en 2023 du temps de Stanislas Guerini et rien n’avait pu être organisé en 2024 à cause des événements politiques et de la dissolution intervenue au moment où ce rendez-vous avait traditionnellement lieu.” Par la suite, le ministre Laurent Marcangeli n’avait pas souhaité le reconduire.
Le projet de loi de finances pour 2027 sera donc bien à l’ordre du jour du rendez-vous du 6 juillet, mais pour l’heure, le cabinet ne s’avance pas davantage. “Nous avons déjà proposé des choses début 2026 pour l’année 2027, et notamment une augmentation très sensible des taux d’avancement de grade pour fluidifier les carrières en catégorie C, B et A”, se justifie-t-il. On assure également que le sujet des rémunérations est travaillé en interne et porté en arbitrages. “Le moment venu, nous les présenterons aux organisations syndicales, s’il y a des mesures.”
La bataille des chiffres
Par ailleurs, si les organisations syndicales de la fonction publique décident de participer à ce rendez-vous, une bataille sur les chiffres va automatiquement s’enclencher. Et le cabinet du ministre persiste et signe sur la manière dont il évalue le niveau de rémunération des agents. “La plupart des organisations syndicales considèrent que l’année 2024 a été une année blanche, explique-t-on. Ce n’est pas ce que disent les statistiques qui ont été publiées ces dernières semaines.” On parle ici des données publiées par l’Insee sur les salaires des agents publics dans les trois versants. Ceux-ci font état d’une progression de 3,1 % du salaire net moyen dans la fonction publique d’État en 2024. Une hausse portée par les effets des revalorisations du point d’indice mais aussi d’augmentations ciblées dans certains ministères.
Mais à l’image du gouvernement, l’Insee prend en compte la rémunération totale des agents publics et non uniquement l’indiciaire, sachant qu’en moyenne entre 25 et 30 % sont consacrés aux primes et indemnités. “Le discours que l’on porte est de ne pas uniquement regarder l’indice qui est vraiment une vision tronquée de la réalité des rémunérations dans la fonction publique”, poursuit l’entourage de David Amiel.
Un point de vue en total décalage avec celui des syndicats pour lesquels seul l’indiciaire doit être considéré afin d’évaluer le niveau de rémunération des agents publics. Et ce alors que seul l’indiciaire est pris en compte pour le calcul des pensions de retraite. Le cabinet du ministre rétorque que, dans la fonction publique, les primes sont “quasi-fixes”. “Prenons par exemple l’indemnité de fonction : quand elle existe, elle est fixe et elle ne fait même qu’augmenter, puisque, pour les personnels qui restent dans le même emploi, au bout de quelques années, il y a une clause de revoyure qui permet de faire augmenter cette indemnité”, détaille-t-on.
Face à ces prises de position, les arguments des organisations syndicales sont nombreux. Parmi eux, le fait que tous les agents publics ne touchent pas ces primes ou encore, pour la question de la retraite, que certains agents rejoignent la fonction publique en deuxième partie de carrière et peuvent, avec un niveau indiciaire bas, se retrouver avec des niveaux de pension également très bas. Ce sujet des retraites reste un sujet qui empoisonne le débat salarial dans le public, à la différence du privé.
La non-réforme des retraites continue de peser
Dans les entreprises, la totalité des primes est prise en compte pour le calcul de la retraite. En revanche, le calcul de la retraite se fait dans le privé sur les 25 dernières années alors que seuls les 6 derniers mois sont pris en compte dans le public. En novembre 2022, une étude de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) des ministères sociaux avait élaboré une simulation de la pension que les fonctionnaires percevraient si les règles du privé leur étaient appliquées. Le calcul était réalisé sur la génération 1958 et ne concernait que les fonctionnaires “sédentaires”.
Étaient donc exclus du périmètre de l’étude les fonctionnaires dits de catégorie active, ceux qui peuvent bénéficier d’un départ anticipé à la retraite (policiers, aides-soignants, sapeurs-pompiers professionnels…). Bilan de l’étude : 62 % des fonctionnaires sédentaires de la génération 1958 auraient été “gagnants” si on leur avait appliqué les règles du secteur privé. En revanche, 32 % d’entre eux auraient été “pénalisés” en se voyant appliquer ces règles. Les 6 % d’agents restants, quant à eux, auraient vu leur pension de retraite “inchangée à +/-1 % près”.
Cette étude avait été publiée alors que le gouvernement venait d’abandonner l’idée de faire converger les systèmes de retraite public et privé. Faute d’être résolue, cette question continue d’empoisonner les discussions salariales dans la fonction publique en polarisant le débat autour de l’indice et de la prime. Le débat continue de tourner à vide.
Article Acteurs Publics du 5 juin 2026
Article publié le 5 juin 2026.