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Dans le cadre du plan IA de l’État, lancé par le ministre de l’Action et des Comptes publics David Amiel, quelques ministères ont rendu leur copie sur leurs ambitions en matière d’intelligence artificielle. Force est de constater que l’heure n’est plus vraiment à l’expérimentation, mais bien à la rationalisation, à la formation et au dialogue.
En plein cœur de l’été, l’intelligence artificielle ne cesse d’occuper les ministères : discrètement, une majorité d’entre eux ont rendu les devoirs qui leur avaient été imposés par Matignon, et le ministre de l’Action et des Comptes publics David Amiel, en cette fin de mois de juillet. Huit ministères, ou pôles ministériels, ont publié leur feuille de route sur l’intelligence artificielle, sur la douzaine attendue.
Ces documents ont plusieurs fonctions : d’abord, formaliser concrètement les ambitions de chaque ministère en matière d’intelligence artificielle, voir se dégager les grandes spécificités de chacun sur le sujet, mais aussi prendre acte du socle commun initié par la direction interministérielle du numérique. Comme entendu par le gouvernement, la tendance n’est plus à l’expérimentation, mais plutôt au passage à l’échelle et à l’industrialisation.
Des tendances communes
On retrouve ainsi quelques tendances communes, comme celle d’utiliser l’intelligence artificielle pour augmenter la productivité. Cette volonté se décline, dans la majorité des ministères, par des outils désormais bien connus comme les assistants IA généralistes – d’abord avec l’usage de celui proposé par la Dinum, mais aussi avec ceux fabriqués par les ministères eux-mêmes. On retrouve donc, aux Armées, l’outil “GenIAl intradef”, ainsi que l’outil DiploIA au Quai d’Orsay. Ou encore, le portail d’intelligence artificielle générative au sein du ministère de l’Agriculture.
Les ministères ont aussi fait entrer la mutualisation dans leur vocable. Dans la logique de la mission de rationalisation “État efficace”, le ministère des Armées a reçu pour consigne de rendre interopérable son outil GenIAl intradef, afin que les autres administrations puissent l’intégrer à leur propre fonctionnement. La plupart des ministères ont bien intégré l’Assistant IA de la Dinum, désormais généralisé à la totalité des agents de l’administration centrale.
La donnée, encore un frein
Les freins, eux aussi, demeurent bien similaires d’un ministère à l’autre : ils se cristallisent autour d’une politique de la donnée, parfois trop peu qualitative ou trop peu organisée pour permettre de construire les outils les plus performants possibles. Au sein de la Culture et du pôle ministériel de la Transition écologique, du Logement, de la Ville et des Territoires, le même problème existe : l’impossibilité d’utiliser la majorité des données dont ils disposent avec uniquement les outils généralistes proposés par la Direction interministérielle du numérique (Dinum). “Ces outils exploitent des corpus documentaires, une imagerie spécialisée et des analyses métiers impossibles à mener uniquement avec des outils généralistes”, lit-on ainsi dans la feuille de route du ministère de la Culture. Aux Armées, une nouvelle politique d’annotation des données devrait être mise en place pour faciliter ce travail.
En matière de formation, les ministères détaillent aussi leurs ambitions : au ministère des Armées, “pour 2026-2027, des parcours certifiants seront développés à l’intention des agents à fort potentiel d’impact”, lit-on dans le document. De son côté, le ministère de l’Enseignement supérieur propose de mettre à profit ses ressources en matière de formation pour tous les agents. “Dès la rentrée 2026, une partie de [nos] ressources seront mises à la disposition de l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur grâce aux plateformes de pédagogie numérique”, ainsi que des parcours dédiés aux usages de l’IA.
Inscrire l’IA au dialogue social
Enfin, en matière de ressources humaines, le Quai d’Orsay, par exemple, ambitionne une campagne de recrutements de profils “IA techniques et opérationnels”. Le dialogue social s’inscrit dans chaque feuille de route : si la Justice n’a pas encore publié sa propre feuille de route, nul doute qu’elle demeure en tête de file sur la question avec la signature, mi-juillet, du premier accord sur l’IA dans l’administration. Les autres ministères ne demeurent pas en reste : en plus de vouloir déployer des méthodes d’évaluation efficaces pour analyser l’impact des projets d’IA sur les agents, ils souhaitent également se doter d’un cadre de déploiement clair et transparent. La Culture propose, de son côté, la création d’un Observatoire des projets d’IA dans la culture, avant fin 2026.
“Les organisations syndicales, consultées régulièrement, soulignent l’importance d’une formation massive, d’un cadre transparent et d’un réinvestissement des gains de productivité dans les conditions de travail”, lit-on dans la feuille de route du pôle ministériel de la Transition écologique, du Logement, de la Ville et des Territoires. Sans surprise, les différentes feuilles de route parlent de transparence, d’explicabilité, et de la concertation avec les organisations syndicales.
Il reste que ces documents n’ont, évidemment, pas de valeur contraignante : ce sont des exercices auxquels la Dinum a demandé aux ministères de se plier avant la fin de l’été. Ils permettront cependant, déjà d’ici à la fin de l’année, de pouvoir constater le niveau d’avancement des divers projets mentionnés. Il n’en reste pas moins que le vent semble effectivement avoir tourné, là où, depuis 2024, chacun y allait de son expérimentation, l’heure est désormais à la rationalisation et à la mutualisation. Ce sont autant de paramètres qui devraient, par ailleurs, occuper fortement le dialogue social dès la rentrée.
Article Acteurs Publics du 24 juillet 2026
Article publié le 7 août 2026.