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Selon France Stratégie, le secteur public doit veiller à ne pas perdre ses spécificités en matière de qualité du travail et notamment en matière d’organisation, s’il veut continuer à tenir la barre face au privé.
Dans son rapport remis hier, 9 décembre, autour de l’attractivité de la fonction publique, France Stratégie met en avant la nécessité d’interroger ou de réinterroger la qualité du travail et les conditions de travail dans ce secteur. “Les taux importants d’insatisfaction salariale dans la fonction publique renvoient à un sentiment présent chez les agents, peut-on lire dans le rapport, celui d’une dégradation des conditions de travail.”
Pourtant, les études réalisées sur le sujet ces dernières années, notamment les comparaisons avec le secteur privé, ne sont pas forcément défavorables à la fonction publique. “Une analyse par métiers montre une tendance à la convergence entre les deux secteurs, dans le sens d’une dégradation voire d’une détérioration des avantages relatifs au public”, précise France Stratégie. En d’autres termes, le public dispose d’une protection relative à l’égard des contraintes physiques, sauf pour certains métiers.
Davantage de tensions avec les usagers
Pour autant, on relève une nette augmentation du travail “sous pression”, ainsi que des tensions de plus en plus importantes avec les usagers. “Il y a des points d’alerte en matière de conditions de travail et de risques psycho-sociaux, complète Christine Erhel, professeure au Cnam et titulaire de la chaire « Économie du travail et de l’emploi ». Il ne faut pas oublier que la qualité du travail est un facteur important de soutenabilité du travail. Il y a des métiers sur lesquels il faut être particulièrement vigilant, comme les enseignants et les agents de catégorie B.”
France Stratégie estime également dans son rapport que l’organisation du travail et du management demeure spécifique dans le secteur public, même si elle est en cours de convergence avec le privé. Les agents bénéficient globalement d’une plus grande autonomie, “qui tend néanmoins à se réduire, notamment pour les emplois les plus qualifiés et pour les enseignants alors que le soutien hiérarchique reste faible comparé au privé”, analyse le rapport.
Importance des collectifs de travail
Le rapport souligne aussi que le rôle des collectifs de travail reste un atout du secteur public. Les agents y sont nombreux à déclarer être très souvent aidés par leurs collègues : 87 %, quand ce chiffre s’élève à 79 % dans le privé.
France Stratégie alerte cependant sur le fait que cette tendance à la convergence avec le privé, sur le temps long, peut nourrir une perte de sens au travail liée au sentiment d’avoir de moins en moins de moyens de “bien faire” son travail : moyens matériels en baisse, travail en sous-effectifs, perte de respect et manque de reconnaissance. Une dégradation certes perçue, mais qui engendre des conflits éthiques et de valeurs et percute les motivations de service public des agents.
En conclusion, France Stratégie appelle notamment à une consolidation des avantages à travailler dans la fonction publique et à mieux appréhender la question de la “qualité du travail” pour en faire un argument d’attractivité. Cela peut passer par une valorisation des possibilités de maîtrise du temps de travail et de son organisation pour répondre à la demande de conciliation des temps professionnels et personnels, ou encore de renforcer la reconnaissance, y compris salariale, pour redonner les moyens aux agents de faire leur travail et de satisfaire leur volonté d’être utiles.
Article Acteurs Publics du 10 décembre 2024
Article publié le 18 décembre 2024.