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La réforme du bonus de retraite pour les parents de familles nombreuses crée des remous dans la fonction publique

Adopté le 16 octobre en commission, le remplacement de la majoration de 10 % des retraites des parents de familles nombreuses par une allocation forfaitaire fixe a été présenté par le gouvernement Lecornu comme un moyen de réduire les écarts entre les femmes et les hommes. Mais la mesure pourrait bien avoir des effets secondaires non anticipés, notamment dans les armées.

La mesure, comprise dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour l’année 2027, actuellement étudié au Parlement, pourrait bien ressembler à une nouvelle épine dans le pied d’un exécutif déjà chahuté de toutes parts. Inspiré par une proposition issue d’une revue de dépenses signée par les inspections générales des finances (IGF) et des affaires sociales (Igas) en août 2026, le gouvernement Lecornu a placé, dans le nouveau PLFSS, un paragraphe qui vise à remplacer la majoration de 10 % des pensions des futurs retraités parents de plus de trois enfants par une allocation forfaitaire fixe, dont le montant serait fixé par décret. Son objectif, affiché et revendiqué par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou : réduire les inégalités de genre, alors que le système actuel profite davantage aux hommes – en 2023, l’écart de pension entre les retraités des deux sexes se portait à 37 %.

Adoptée le 16 octobre en commission, notamment grâce au soutien des députés socialistes, cette évolution est néanmoins fortement contestée, notamment dans la fonction publique. Avec, en première ligne, les militaires, qui sont, en moyenne, bien plus nombreux que l’ensemble des Français à compter plus de trois enfants.

Les inquiétudes du chef d’état-major des armées

Si le gouvernement avait envisagé dès le début du mois de septembre d’inclure cette mesure dans le PLFSS, c’est une audition devant l’Assemblée nationale du chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, qui a initié les débats. Le 8 octobre dernier, le chef des armées françaises a fait part de son inquiétude face à ce changement envisagé. “Comment faire autant d’efforts dans un sens pour fidéliser et, par une mesure que l’on découvre, créer les conditions d’un départ massif de ceux qui sont la tête et la colonne vertébrale des armées françaises ?”, s’est-il interrogé, notant que certains militaires seraient amenés à perdre “10 à 15 %” de leur pension si la nouvelle version du bonus était adoptée.

L’ancien ministre délégué auprès du ministre des Armées, Jean-Louis Thiériot, redevenu député, s’est lui aussi alarmé, évoquant “l’inquiétude” de militaires face à un sujet “qui pourrait réellement handicaper la gestion RH de gens qui hésitent entre rester et sortir de l’institution”. La date butoir d’entrée en vigueur de la mesure étant fixée au 1ᵉʳ juillet 2027, un nombre important de militaires pourrait ainsi anticiper leur départ à la retraite pour ne pas perdre en pouvoir d’achat.

L’essentiel des fonctionnaires perdants ?

Alors que la nouvelle allocation forfaitaire est pensée pour donner un coup de boost aux revenus des futurs retraités aux plus bas revenus – essentiellement des femmes –, l’IGF et l’Igas évoquaient, dans leur revue de dépenses, un gain potentiel de 1,1 milliard d’euros à un horizon de 10 ans, dans le cas d’une allocation forfaitaire de 125 euros. Le gouvernement, lui, a tablé sur une réforme à coût constant : ce que les uns perdent, les autres le gagnent.

Si le montant de 125 euros est choisi, il aurait, mécaniquement, un effet négatif pour les travailleurs concernés qui toucheront une retraite supérieure à 1 250 euros. “Or les pensions de la plupart des fonctionnaires de catégorie A, B et C dépassent bien souvent ce seuil”, regrette l’Unsa Finances dans un communiqué publié le 19 octobre. Le syndicat y estime que “compenser les inégalités de pension entre femmes et hommes en rognant la majoration des uns est une imposture” et qu’il faut, à la place, agir sur “les inégalités de carrière et de rémunération”. Un avis partagé par l’association Familles de France, qui a demandé, le même jour, le “retrait immédiat” de cette mesure, ainsi que “l’ouverture d’un vrai travail sur les causes des écarts de pension entre les femmes et les hommes, et la reconnaissance claire que le couple qui élève des enfants n’est pas une réserve où l’on puise quand les comptes se creusent”.

Cette inquiétude rampante pourrait-elle amener les parlementaires à amender la suppression de cette majoration ? Une partie de la réponse aura été obtenue d’ici au 27 octobre, date du vote solennel du PLFSS en première lecture à l’Assemblée nationale.

Article Acteurs Publics du 21 octobre 2026

Article publié le 22 octobre 2026.


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