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Réduire de 5,72 millions de mètres carrés le parc immobilier de l’État d’ici à 2033 : l’objectif est ambitieux. Deux ans après la circulaire fixant une norme de 16 m² par agent, la transformation s’accélère avec la mutualisation des espaces, le développement du flex office et la fin du bureau attitré. Mais cette révolution du rapport à l’espace de travail dans l’administration se heurte aux résistances internes et aux contraintes budgétaires.
La politique immobilière de l’État traverse une période de transformation sans précédent, portée par des enjeux convergents de performance publique, transition écologique et d’adaptation aux mutations du travail.
Une action largement orientée par le cadre réglementaire défini notamment dans la circulaire du 8 février 2023 qui fixe une norme d’occupation de 16 mètres carrés de surface utile brute par agent pour l’ensemble des immeubles tertiaires de l’État. Ce référentiel devient d’ailleurs le socle des stratégies immobilières visant à densifier les espaces, à favoriser la mutualisation des bureaux et à encourager la réorganisation des implantations.
Cette stratégie reste ambitieuse. Elle revient à réduire de 25 % les surfaces de bureaux entre 2023 et 2033. Cela implique, selon JLL, un cabinet de conseil en investissement en immobilier professionnel qui vient de publier une étude sur les tendances de l’immobilier public, à ramener le parc de 22,9 millions de mètres carrés, à 17,3 millions, soit une baisse totale de 5,72 millions de mètres carrés en dix ans ce qui correspondrait à un effort annuel de plus de 570 000 mètres carrés.
Cet effort apparaît d’autant plus important dans la mesure où, aujourd’hui, le parc de bureaux constitue un élément central du patrimoine de l’État et représente près d’un quart du bâti total, hors immeubles de bureaux spécialisés comme les commissariats, gendarmeries et autres tribunaux.
Pour atteindre l’objectif de réduction, il convient aussi de tenir compte de la ventilation ministérielle des bureaux qui témoigne d’une forte concentration autour de quelques grands ministères. Ainsi, les Armées rassemblent 25 % des surfaces de bureaux, l’enseignement supérieur, 13 %, l’Économie et les Finances, 10 % et le ministère de l’Intérieur, 8 %.
Deux ans après la publication de la circulaire, JLL estime qu’aujourd’hui, la part de multi‑occupation des espaces, en d’autres termes, les sites partagés par plusieurs services favorisant la mutualisation et l’optimisation de l’espace atteint 15 % des surfaces de bureaux, ce qui reflète une dynamique de regroupement fonctionnel au sein de l’administration. “Cette transformation (de l’immobilier public, ndrl), va bien au‑delà d’une simple rationalisation budgétaire, commente Carine Lannoy‑Marie, directrice du développement chez JLL. Nous assistons à une refonte complète du rapport à l’espace de travail dans l’administration.”
Sortir des schémas anciens
Cette refonte s’inscrit néanmoins dans un contexte dans lequel le parc de bureaux publics reste aujourd’hui majoritairement structuré selon des schémas d’organisation hérités et caractérisés par la prévalence d’espaces cloisonnés attribués en fonction de la position hiérarchique.
Au sein des administrations, JLL observe pourtant une volonté de changement, en installant un nouveau rapport à l’espace passant d’une logique de propriété à une logique d’identité collective. Sont essentiellement mis en place : des postes de travail individuels attitrés ou non, des espaces hybrides modulables, des espaces collaboratifs ou encore des bulles de concentration et des salles de brainstorming. On voit également apparaître du mobilier cloison (coulissant), des salles de repos ou des espaces bibliothèque.
JLL pointe par ailleurs l’émergence de postes de travail nomades avec la généralisation du “clean desk” (dépourvus de tout effet personnel) et des postes non attitrés pour s’adapter à l’alternance télétravail‑présentiel, mais aussi le développement d’espaces multifonctionnels avec des zones modulables pouvant accueillir différents types d’activité. La qualité environnementale est pour sa part travaillée avec un renforcement de l’éclairage naturel, un soin particulier apporté à la ventilation, à l’acoustique et à l’ergonomie pour améliorer le confort et la productivité.
Cette dynamique volontariste se heurte cependant à des complexités inhérentes au secteur public, comme la multiplicité des acteurs, la résistance au changement ou encore les contraintes de financement. “Le projet de réaménagement du siège d’un acteur public majeur de la recherche révèle ces défis humains avec les appréhensions des agents, la perte du bureau attitré, la gestion de la confidentialité et la cohésion d’équipe”, illustre Virginie Charrier, directrice Sud “Workplace strategy and change” chez JLL. Tout en relevant la généralisation des pôles régionaux de l’immobilier et le déploiement de “réseaux d’ambassadeurs” formés qui structurent cette transformation.
L’enjeu consiste désormais, pour le secteur public, à maintenir cette dynamique auprès des agents de la filière immobilière publique, dans un contexte budgétaire contraint.
Article Acteurs Publics du 6 novembre 2025
Article publié le 7 novembre 2025.