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Les salaires des fonctionnaires, point de cristallisation des tensions depuis le début de la présidence d’Emmanuel Macron

Un « rendez-vous salarial » se tient, mercredi 8 juillet, dans un contexte budgétaire particulièrement contraint, laissant peu d’espoir quant à une revalorisation générale. La perspective d’un report est jugée « irrecevable » par les syndicats, dans un climat de tensions continues avec l’exécutif depuis 2017.

Le contexte budgétaire s’invite d’emblée à la table des négociations. Reporté du lundi 6 au mercredi 8 juillet, en raison de la présence, lundi, au Sénat, du ministre de l’action et des comptes publics, David Amiel, pour l’examen définitif de la proposition de loi créant une foncière de l’Etat, le « rendez-vous salarial de la fonction publique » se tiendra donc au lendemain du nouveau comité d’alerte des finances publiques. Ce séquençage laisse peu de place aux espoirs syndicaux. « Nous ne sommes pas optimistes, redoute déjà Caroline Chevé, la secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire. Depuis des mois, le gouvernement regarde ailleurs quand on lui parle de l’urgence salariale dans la fonction publique. »

L’hypothèse d’une revalorisation générale s’est en effet progressivement éloignée, à mesure que la situation budgétaire se dégradait. Les dernières projections gouvernementales ne font que renforcer ce scénario. « On est assis sur un baril de poudre », a prévenu, le 28 juin, David Amiel. « Nul doute, donc, qu’il développera un discours catastrophiste, empêchant la mise en œuvre d’un ensemble de mesures salariales », anticipe Christophe Delecourt, cosecrétaire général de l’Union fédérale des syndicats de l’Etat-CGT. « Irrecevable », tranche-t-il.

Côté syndicats, le constat est unanime : la situation salariale des agents publics serait devenue critique. Tous dénoncent même un mouvement de « smicardisation » de la fonction publique. Dans leur viseur, sans surprise, l’absence, depuis 2023, de hausse du point d’indice qui, associée aux revalorisations mécaniques du salaire minimum interprofessionnel de croissance, a accentué le tassement des grilles indiciaires et, ainsi, une réduction du différentiel salarial lié à l’ancienneté. L’inquiétude gagne aussi les employeurs publics. Pour eux, c’est l’attractivité de la fonction publique et, à terme, la continuité même du service public qui sont en jeu. « Il y a un vrai problème de rémunération, estime le maire (Union des démocrates et indépendants) de Sceaux (Hauts-de-Seine), Philippe Laurent. Si l’on veut conserver des services publics de qualité, attirer de nouveaux talents et fidéliser ceux déjà engagés, alors une revalorisation minimale est indispensable, tout comme une refonte générale des grilles. » « Mais que de temps perdu ! », déplore-t-il.

Durant la campagne présidentielle de 2022, Emmanuel Macron s’était engagé à « rebattre les cartes de l’organisation de la rémunération » des agents publics. Quatre ans plus tard, la réforme peine toujours à se concrétiser. L’instabilité politique et la succession des ministres n’y sont pas étrangères. Certes, David Amiel a tenté, à son tour, de relancer ce chantier des carrières et des rémunérations. Sa réunion de lancement, en avril, a toutefois tourné court : tous les syndicats ont quitté la table des négociations pour dénoncer l’absence de mesures salariales immédiates.

Plusieurs « sujets consensuels »

Le ministre n’a pas néanmoins renoncé à son ambition : « Le problème majeur, c’est ce sentiment que les efforts ne paient pas assez. » Peu de chances, malgré tout, que ce chantier aboutisse à court terme. Une perspective inimaginable pour les syndicats. « On ne peut pas nous expliquer que les grilles sont inacceptables, que le principe même de carrière est mis en cause tout en nous demandant d’attendre encore », tonne Christian Grolier, le secrétaire général de la Fédération générale des fonctionnaires-Force ouvrière. « Nous n’accepterons pas une nouvelle année blanche », prévient, de son côté, Gaëlle Martinez, déléguée générale de Solidaires-Fonction publique, alors qu’un appel à la mobilisation a déjà été lancé pour le 29 septembre. De quoi mettre un peu plus la pression sur le gouvernement et nourrir, encore une fois, la crispation entre l’exécutif et les représentants de la sphère publique.

C’est effectivement autour de ce dossier des rémunérations que se sont cristallisées les tensions entre l’exécutif et le monde de la fonction publique depuis 2017 et l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Au-delà de ce contentieux salarial, les sujets de friction ont été nombreux au fil de ses deux quinquennats : les réductions d’effectifs, la réforme des retraites, la réintroduction du jour de carence, la suppression de la garantie individuelle du pouvoir d’achat, la baisse de l’indemnisation des agents durant leur arrêt maladie, mais aussi la loi de transformation de la fonction publique de 2019 avec l’élargissement des possibilités de recours aux contractuels ou encore le projet – finalement avorté – de réforme, portée par Stanislas Guerini, alors ministre de la transformation et de la fonction publiques (2022-2024), qui mettait en particulier l’accent sur le développement de la rémunération au mérite.

Le tableau n’est pas si sombre, nuance Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique au sein du gouvernement Philippe (2017-2020) : « Il y a eu, malgré tout, des avancées pour les agents publics depuis 2017. » Il cite plusieurs « sujets consensuels », comme les accords sur l’égalité femmes-hommes, sur le télétravail et la protection sociale complémentaire, ainsi que les hausses du point d’indice en 2022 et en 2023 (3,5 % puis 1,5 %) et les différentes mesures catégorielles en faveur du personnel de santé ou de celui de l’éducation nationale.

« Passer des paroles aux actes »

Cofondateur du collectif Sens du service public, Johan Theuret le concède : « Il serait injuste de ne pas reconnaître certaines avancées. » Mais, poursuit-il, ces évolutions « n’ont pas répondu à la question centrale de l’attractivité durable de la fonction publique ». La faute, selon lui, à des politiques publiques « abordées trop souvent sous un angle essentiellement budgétaire ». Un constat partagé par l’historien Emilien Ruiz : « Tout cela s’inscrit dans une histoire longue de la place accordée au pouvoir d’achat des agents publics. Depuis le milieu des années 1980, la maîtrise des dépenses de personnel a été prioritaire pour tous les gouvernements, au risque d’une diminution du niveau de vie de certaines catégories d’agents. » Au-delà, ce chercheur à Sciences Po Paris souligne une absence de « vision cohérente » portée pour la fonction publique depuis 2017. « On peut parler de rendez-vous manqué », juge-t-il. Le bilan des années de présidence Macron « est décevant, et même particulièrement désastreux en matière de reconnaissance des agents ou d’investissements avec une vision prospective pour l’avenir », abonde Luc Farré, le secrétaire général de l’UNSA-Fonction publique.

Le gouvernement Lecornu récuse, quant à lui, toujours une approche budgétaire de la fonction publique. Alors que de nouvelles mesures d’économies pourraient être annoncées et que le budget de 2027 s’annonce particulièrement contraint, David Amiel cherche d’ailleurs à arrondir les angles. Fin juin, il a dit « refuser que les fonctionnaires soient les boucs émissaires de nos difficultés de finances publiques ». Des déclarations qui peinent encore à convaincre les syndicats. « Ça ne suffit plus de dire ça, estime Laure Revel, la secrétaire générale de la CFDT-Fonctions publiques. Il faut désormais passer des paroles aux actes. » Président de la Fédération autonome de la fonction publique, Pascal Kessler renchérit : « Les agents ne sont véritablement reconnus et respectés qu’en période de crise, alors que leur engagement est constant. Le gouvernement doit enfin le reconnaître à sa juste valeur. »

Article Le Monde du 6 juillet 2026

Article publié le 7 juillet 2026.


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