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Une mission menée par plusieurs inspections générales a tenté, depuis quelques mois, de quantifier les effets du déploiement de l’IA dans la fonction publique. Son rapport, désormais dans les mains du Premier ministre, Sébastien Lecornu, pourrait toutefois ne jamais être rendu public, alors que l’État s’apprête à dévoiler son plan sur l’IA.
À l’heure où le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, s’apprête à ouvrir une large séquence de communication sur l’IA en dévoilant, le 16 juin, le plan de l’État sur le sujet, l’exécutif chercherait-il à occulter une partie de ses propres travaux sur l’intelligence artificielle ? Un rapport inter-inspections consacré à l’impact de l’IA sur la fonction publique se trouve, depuis quelques semaines, dans les tiroirs du cabinet du Premier ministre, Sébastien Lecornu. Or, pour l’heure, la décision a été prise, au plus haut niveau, de ne pas publier les conclusions de la mission.
Selon les informations d’Acteurs publics, les inspecteurs, missionnés, au départ, par le gouvernement Bayrou, auraient reçu des consignes strictes de confidentialité pour ne pas dévoiler la substance de leurs conclusions, alors qu’ils ont eux-mêmes demandé leur publication auprès de Matignon. Cette diffusion dépend en effet de l’unique bon vouloir du gouvernement, du fait de sa position de commanditaire, l’une des raisons pour lesquelles certains rapports sont souvent publiés plusieurs mois après le rendu de leurs conclusions effectives, voire, simplement, jamais dévoilés.
L’exécutif discret
Une source ayant eu accès aux résultats pointe que la quantification retenue par les inspecteurs concernant d’éventuelles suppressions d’emplois liées à l’IA n’est pourtant pas “alarmiste”. Plusieurs experts auteurs de travaux sur le sujet ont, par exemple, été interrogés par les inspecteurs, comme le cabinet Roland Berger, qui notait, l’an dernier, que plus d’un tiers des emplois publics seraient exposés, à terme, à des changements importants liés au déploiement généralisé de l’IA générative. Sans toutefois tabler sur un chiffrage précis de suppressions d’emplois.
Le souci, pour l’exécutif, résiderait notamment dans le contexte actuel, marqué par une recherche d’économies tous azimuts et surtout un climat social tendu, notamment en matière salariale. Quelles que soient les données retenues dans le rapport sur l’IA, leur diffusion au grand public pourrait alourdir le climat à moins d’un an de la prochaine présidentielle et à quelques mois des élections professionnelles prévues dans la fonction publique. “La question n’est pas tant le chiffrage que le choix politique que l’on en fait, souligne, dans ce cadre, la responsable d’une organisation syndicale de la fonction publique. Il ne faudrait pas que le développement de cette technologie, qui est déjà là et qui accélère à une vitesse folle, devienne un prétexte pour réduire les emplois publics.”
Dans la droite ligne de ces propos, les syndicats de la fonction publique, déjà très remontés contre le ministre chargé de la Fonction publique, se tiennent prêts à s’engouffrer dans une éventuelle brèche ouverte par Matignon. D’autant que les représentants syndicaux ont d’ores et déjà été conviés par l’administration à participer à un groupe de travail sur l’IA, marqué, le 18 juin, par la présentation d’un avant-projet d’accord destiné à intégrer l’IA dans le dialogue social de la fonction publique.
Une rédaction mouvementée
Au-delà de l’utilisation politique du rapport, la réalisation des travaux de la mission d’inspection a, semble-t-il, elle-même été mouvementée. La rédaction du rapport avait initialement été confiée à l’inspection générale des affaires sociales (Igas) et à l’inspection générale des finances (IGF). Selon nos informations, l’un des trois inspecteurs de la mission issu de l’Igas aurait été mis de côté il y a quelques mois, “alors que c’est l’une des rares inspections qui maîtrise les sujets relatifs à l’IA”, relate un haut fonctionnaire. Résultat : l’inspection générale de l’administration (IGA), qui n’était au départ pas concernée, a été associée “un peu en catastrophe” au rapport, à en croire le même cadre supérieur.
“Toute cette affaire ne se présente pas très bien”, soufflait, en avril dernier, un familier du sujet. Une autre source relativise néanmoins cet épisode, indiquant que “les mésententes, surtout avec l’Igas, arrivent régulièrement lors de ce genre de travaux”. Une preuve, quoi qu’il en soit, de l’aspect sensible du sujet.
Rappel : Un évènement en grande partie à huis clos
À la veille du salon VivaTech, le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, organisera le 16 juin à Bercy un événement consacré au déploiement de l’intelligence artificielle dans les services publics, réunissant agents publics et acteurs du numérique français. Cet évènement comportera une première partie organisée hors présence de la presse : le mot d’ouverture du ministre, une session plénière sur l’IA et la société (enjeux éthiques, sociétaux et stratégiques de l’IA), une table-ronde sur l’IA et le monde du travail (formation et accompagnement des agents, dialogue social et transformation des métiers). Cette partie comportera également une “restitution – L’IA dans l’État” avec une présentation des initiatives, des démonstrations et témoignages d’agents, d’usagers et d’entreprises collaborant avec l’État. Une deuxième séquence, ouverte à la presse, comprendra une intervention de la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, et une “keynote finale” complétée par des annonces du ministre David Amiel.
Article Acteurs Publics du 15 juin 2026
Article publié le 19 juin 2026.