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À Nice, pas de réouverture des théâtres sans droits sociaux

Dans la capitale azuréenne, la mobilisation s’amplifie autour d’un large collectif de jeunes, de travailleurs précaires et d’artistes ayant pris possession, depuis une semaine, du Centre dramatique national.

« Nous ne nous battons pas pour la reprise d’activité dans les lieux de spectacle. Ça, c’est une revendication des employeurs. Nous, nous disons : pas de réouverture sans droits sociaux. »Une casquette bleue de capitaine de marine enfoncée sur la tête, Jean-Louis Ruf, musicien professionnel et représentant du Syndicat français des artistes (SFA)-CGT, tient le micro, ce lundi 22 mars après-midi, sur le parvis du Théâtre national de Nice (TNN). Le lieu est occupé depuis une semaine par un large rassemblement de travailleurs et de jeunes, décidés à déjouer l’assignation à la précarité que représente le projet gouvernemental de réforme de l’assurance-chômage.

Un mouvement qui touche plus de 75 villes

« On se rencontre, on débat et ça fait du bien », confie Gaspard, un comédien du théâtre public, installé à Nice depuis l’été dernier. Il vient à peine de se réveiller, mardi matin, d’une nuit passée dans les couloirs d’accès aux salles de spectacle avant de se mettre à son poste de « référent Facebook ».« On est répartis par commission,explique-t-il.Il y a un chargé des relations avec le théâtre, un autre avec la presse. On tourne pour gérer les dons en nourriture et organiser les repas. La référente de la commission Action est une infirmière. Elle est présente chaque nuit depuis le début de l’occupation. »

Ils le revendiquent comme une spécificité niçoise au sein de ce mouvement, parti du Théâtre parisien de l’Odéon et qui touche aujourd’hui plus de 75 villes, de rassembler dans la lutte bien au-delà des acteurs du monde de la culture. Des étudiants, des soignants, des intermittents de l’hôtellerie, du tourisme, des privés d’emploi, une quarantaine de personnes occupent, depuis lundi 15 mars, le Centre dramatique national (CDN) de Nice et se relaient pour faire grossir la mobilisation.

« On est loin d’être fatigués,insiste Jean-Louis Ruf.Bien au contraire, on est chaque jour un peu plus motivés. »Ce n’était pas gagné d’avance. La direction du théâtre a d’abord rechigné à ouvrir les portes et, aujourd’hui encore, les occupants sont cantonnés dans le hall. Alors, pour élargir le mouvement, et pendant que deux immenses ratapinhatas (chauve-souris en nissart, langue de la région de Nice – NDLR) en toile de jute surveillent le QG des occupants, des agoras sont organisées chaque après-midi, à l’extérieur, sur le parvis du théâtre, en surplomb de Babazouk, la vieille ville de Nice.

« Soyons insatiables ! »,lance Violaine, violon solo à l’Opéra de Nice, romancière et syndicaliste à la CGT, pour finir son exposé sur les conditions de travail des musiciens permanents au sein d’ensembles d’établissements publics.« On nous paye à l’heure. Pourquoi pas au nombre de notes jouées ? »dénonce-t-elle encore, assise, ce lundi après-midi, devant plusieurs dizaines de personnes venues débattre et apporter leur soutien aux occupants. À côté d’elle, le penseur et économiste communiste Bernard Friot reprend la parole.« Sortons de la défaite. Redevenons offensifs », propose-t-il en conclusion de brillants développements sur la nécessaire révolution anthropologique que doit entraîner une conception émancipatrice du travail et de l’individu.« Du haut vol »,confie Olivier Boulet, membre de la Coordination des intermittents et précaires (CIP) de la Côte d’Azur, avant de revenir sur l’ensemble des revendications portées par ce mouvement unitaire.

« Nous occuperons des lieux partout jusqu’à ce que le gouvernement annule sa réforme de l’assurance-chômage,assure-t-il.Nous demandons aussi que soit prolongée d’un an, à partir de la réouverture des lieux publics, l’année blanche pour les intermittents du spectacle, et que des conditions d’accès aux indemnités journalières soient garanties à toutes les travailleuses en emploi discontinu enceintes et à tous les travailleurs en maladie. »Le SFA-CGT insiste également pour que soit créée une filière spectacle dans la fonction publique et que le gouvernement« assume la juste conséquence de son choix de fermeture des lieux culturels et d’annulation des festivals. Il doit prendre en charge, dès la sortie de crise, plusieurs jours de travail, dans des résidences de répétition et de création, pour au moins 70 000 intermittents du spectacle ».Une proposition dont le coût estimé par le syndicat représente seulement 110 millions d’euros. Une broutille dans un plan de relance économique de plusieurs milliards, mais qui représenterait un véritable appui pour ces travailleurs précaires.« On s’inquiète vraiment pour beaucoup d’entre nous,reprend Olivier Boulet.Certains n’ont plus travaillé depuis un an.On est face à un véritable problème sanitaire, notamment au niveau psychologique. Ce n’est pas qu’une question financière. »

En fin de journée, ce lundi, derrière les grandes vitrines barrées de croix en rubalise rouge et blanc, les occupants se préparent à passer une nouvelle nuit sur leurs matelas gonflables. Ils viennent de recevoir des messages de soutien des équipes de plusieurs lieux culturels du département : de Carros, dans l’arrière-pays niçois, ou de Grasse, encore, la sous-préfecture des Alpes-Maritimes. Trois étudiantes en arts du spectacle à l’université de Nice sont venues les rejoindre. « On a passé la soirée à parler de conscience politique et d’engagement syndical »,raconte Gaspard. Et Jean-Louis Ruf d’ajouter :« Ici, on construit des choses pour le long terme. »

Article L’Humanité du 24 mars 2021

Article publié le 31 mars 2021.


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