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Les services de l’Éducation nationale se remettent difficilement d’une cyberattaque survenue fin juillet, dont les conséquences continuent de mettre en difficulté le personnel. Si la plupart des académies recommencent à fonctionner de manière parcellaire, à Toulouse, le “black-out” reste total.
La direction générale des finances publiques n’est pas la seule à se remettre d’une cyberattaque. Au creux de l’été, les services de l’Éducation nationale ont subi une attaque d’ampleur qui, à l’approche de la rentrée, continue de mettre à mal plusieurs dispositifs pourtant indispensables à la bonne tenue de cet événement.
Plusieurs académies, dont celles de Nantes et de Toulouse, ont fait état d’un “black-out” affectant des services vitaux pour l’organisation des enseignants à la veille de la rentrée. Juste après la cyberattaque, les services de l’Éducation nationale ont coupé l’accès aux dizaines d’applications informatiques propres aux établissements, mettant dans le noir la totalité des académies et rendant la communication impossible entre personnels enseignants, élèves, familles ou encore partenaires des établissements.
Des dizaines d’applications coupées
“Nous sommes à un moment de l’année où nous avons besoin de connaître l’affectation des derniers élèves, mais aussi quels enseignants seront nommés dans nos établissements”, indique Olivier Beaufrère, secrétaire national à l’éducation et à la pédagogie au sein du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN-Unsa). Le bouclage de la rentrée et le fonctionnement de l’année scolaire se décident en ce moment, et nous sortons à peine du tunnel sombre dans lequel cette attaque nous a mis”. Parmi les applicatifs mis à mal : la messagerie, les bases de données, les outils métiers. Par exemple, les dernières affectations d’enseignants, notamment celles des contractuels, généralement renseignées peu avant la rentrée, ne sont accessibles que de manière parcellaire.
À la date du 27 août, si les communications sont désormais pour la plupart rétablies dans la majorité des académies, les informations n’arrivent que progressivement dans les établissements et de manière hétérogène, rendant compliquée la mise en place effective de la rentrée, des listes de classe, des emplois du temps… “Ce qu’on fait habituellement en une dizaine de jours avant la rentrée doit être fait en deux jours, avec des informations parcellaires, qui peuvent se bousculer entre académies et établissements. L’organisation n’est pas stable”, regrette le secrétaire national, qui craint une image d’impréparation de la part des établissements.
Toulouse, académie la plus gravement touchée
Les conséquences de la cyberattaque ont également soulevé des craintes sur la paie de septembre, craintes qui sont désormais levées pour la plupart, hormis dans l’académie de Toulouse, la plus gravement touchée. À l’issue d’une réunion entre le ministère et le FSU-SNUipp, premier syndicat des enseignants du premier degré, il a été confirmé que le rétablissement des services informatiques de l’académie de Toulouse ne surviendrait pas au moins avant deux semaines.
Les services demeurent totalement bloqués dans celle de Toulouse, à savoir l’accès aux outils métiers et aux bases de données, la gestion des horaires, ainsi que la paie de septembre, dont le ministère a indiqué “tout faire pour la verser”. Le personnel ne peut pas non plus communiquer avec les familles et leurs élèves, faute de messagerie fonctionnelle.
Repenser la politique des données
Si le temps reste, pour l’heure, au dépannage et aux remises en route, demain viendra celui de l’analyse pour le ministère, notamment sur la protection des données. “Nous avons énormément de logiciels utilisés par les personnels, il y a des évolutions à faire. Il faut mieux former les personnels, tous les corps de métier appelés à gérer de la donnée, de manière initiale et continue”, appelle Pierre Château, trésorier général en charge du numérique à l’Unsa-Éducation.
Les syndicats sont plusieurs à appeler à un sursaut dans l’informatique pour l’éducation. “Depuis des années, nous dénonçons le désengagement systématique de l’État : sous-investissement chronique dans la cybersécurité, externalisation à bas coût, non-renouvellement des infrastructures matérielles et manque cruel de personnels informatiques qualifiés au sein du ministère”, dénonce de son côté la FSU-SNUipp.
Sur la seule année 2026, l’Éducation nationale a en effet été touchée par trois cyberattaques, exposant plusieurs dizaines de milliers de données sensibles de personnels enseignants et d’élèves. “Nous avons besoin que l’État impulse une évolution de la politique des données qui est en œuvre depuis quelques années. Réfléchir réellement à ce qui doit être gardé, comment les stocker”, souligne Pierre Château. “Ça dysfonctionne bien souvent, on se pose forcément la question : que nous arrive-t-il ? Avec 10 millions d’élèves, 1,2 million de personnel et les familles derrière, au moins un tiers de la population française peut-être concerné par les services de l’Éducation nationale, la sécurisation doit être maximale”, souligne Olivier Beaufrère.
Article Acteurs Publics du 27 août 2026
Article publié le 27 août 2026.