vous êtes ici : accueil > Divers

Vos outils
  • Diminuer la taille du texte
  • Agmenter la taille du texte
  • Envoyer le lien à un ami
  • Imprimer le texte

« C’est vraiment un cadeau fait à des boîtes privées »

Karine Granger, de la CGT, dénonce la politique énergétique gouvernementale qui met EDF en difficulté. Elle est Conseillère énergie FNME-CGT et salariée mandatée par la FNE-CGT au conseil d’administration.

Alors que le gouvernement justifie la hausse du volume de vente d’énergie à prix bradé aux concurrents d’EDF sous le prétexte de limiter les répercussions sur la facture, pour la représentante de la CGT, ce sont, au contraire, les usagers qui vont payer les pots cassés.

Que pensez-vous de l’annonce du gouvernement de vendre 20 térawattheures supplémentaires aux concurrents d’EDF à prix réduits ?

Karine Granger : Il s’agit d’un affaiblissement d’EDF, avec 8 milliards d’euros de pertes directes attendues. L’État impose ces 20 térawattheures d’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), alors que les positions ont été fermées fin décembre sur le marché. Donc, l’entreprise est obligée d’aller acheter sur le marché actuel, qui est très défavorable. Elle devrait donc acquérir, autour de 300 euros le mégawattheure, quelque chose qui sera revendu 46 euros le mégawattheure aux fournisseurs alternatifs ! Une énorme perte. Nous avons fait une déclaration avec FO, la CFE-CGC et la CFDT au conseil d’administration pour exprimer à quel point nous sommes scandalisés. Le PDG Jean-Bernard Lévy a, lui, fait état d’un véritable choc. C’est très mou. Nous jugerons ces propos en fonction de l’action juridique qu’il mettra en face.

Pourquoi pointez-vous du doigt l’augmentation des tarifs réglementés ?

Karine Granger : Tout cela est déclenché pour éviter leur hausse, qui aurait été au-dessus de 35 % avec le calcul par empilement proposé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Nous contestons ce calcul à la FNME-CGT : il est fait pour que les fournisseurs alternatifs puissent être compétitifs sur le marché. Comme ils ne produisent rien, il faut que les tarifs soient suffisamment élevés pour qu’ils génèrent une marge. Pour nous, cette augmentation des prix de l’énergie n’est d’ailleurs pas conjoncturelle mais structurelle. À partir du moment où on ferme des moyens de production comme Fessenheim, on baisse des capacités pilotables, donc, forcément, on assiste à une envolée des tarifs. Nous avons, en plus, des réacteurs fermés sur certaines centrales en ce moment.

Comment l’entreprise peut-elle absorber le choc de ces 8 milliards ?

Karine Granger : Nous demandons une augmentation des fonds propres d’EDF par l’État pour permettre à l’opérateur historique de remplir ses missions. Au-delà des 8 milliards d’euros, il y aura d’autres pertes. Nous sommes en phase de renégociation des dettes et, avec la notation de l’entreprise (la note de la dette à long terme a été dégradée à BBB+ par l’agence Fitch, ce lundi – NDLR), celle-ci va devenir encore plus coûteuse. La séparation entre la production et la consommation au sein du groupe est donc plus que probable. Le gouvernement s’était déjà servi de l’argument de la dette pour justifier le plan Hercule 1 (plan de démantèlement d’EDF en trois entités, abandonné sous la pression syndicale – NDLR). Cette annonce lui permettrait de remettre sur la table le plan Hercule 2.

Au final, les usagers vont-ils voir leurs factures s’alléger ?

Karine Granger : De qui se moque t-on ? Comment contrôler que les fournisseurs alternatifs vont répercuter la baisse de prix chez les consommateurs ? Ce sont les usagers dans leur ensemble qui vont payer la facture. C’est vraiment un cadeau fait à des boîtes privées ! D’autant que, sur ces 20 térawattheures revendus à 46 euros du mégawattheure, un tiers va bénéficier à Total, qui a versé des dividendes pendant la crise sanitaire.

Article L’Humanité du 19 janvier 2022

Il y a un appel à la grève de lancer pour le lundi 26 janvier.

Article publié le 20 janvier 2022.


Politique de confidentialité. Site réalisé en interne et propulsé par SPIP.