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Près de dix ans après l’adoption de la loi Sapin II, la France recule à la 27ᵉ place sur les 182 pays couverts par l’Indice de perception de la corruption (IPC). Un classement en baisse continue depuis quatre ans. Ce 10 février, l’ONG Transparency International France tire la sonnette d’alarme et lance “une ultime alerte pour un sursaut de salubrité publique”, appelant le sommet de l’État à réformer ses pratiques.
C’est un anniversaire en demi‑teinte que s’apprête à fêter la loi sur la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique, dite “ Sapin II ”, adoptée fin 2016 et qualifiée par l’ONG Transparency International France comme “l’une des législations les plus ambitieuses au monde en matière de prévention de la corruption”.
Dix ans plus tard, l’ancien ministre de l’Économie, Michel Sapin, qui a porté le texte, n’aurait sans doute pas imaginé voir l’Hexagone atteindre un classement historiquement bas à l’indice de perception de la corruption (IPC). Même si elle reste dans le peloton de tête, la France se classe désormais en 27e position, alors qu’elle était 22e en 2021. La faute revient à une “menace pour la démocratie insuffisamment prise au sérieux” par le pouvoir politique, que Transparency International France égratigne en l’invitant à remettre les principes de déontologie et de transparence au goût du jour.
Alors que les élections municipales approchent et que certains élus locaux et nationaux alertent sur le rôle des maires, en première ligne face au narcotrafic et au risque de corruption, l’ONG présidée par Patrick Lefas livre son diagnostic sur les raisons d’une “léthargie politique” qui pourrait “coûter cher”, la France affichant un score “en deçà de la moyenne des pays considérés comme pleinement démocratiques et disposant d’un espace civique ouvert”.
“Manque de volontarisme politique”
Qu’est‑ce qui explique donc cette chute amorcée depuis 2022 à l’IPC ? “Un cocktail mortifère”, affirme sans détour l’ONG, dont le premier ingrédient est le “manque de volontarisme politique”. Elle pointe ainsi une “doctrine d’exemplarité” en berne dans les hautes sphères de l’État, évoquant un gouvernement qui “maintient en fonction des ministres mis en examen” ou la médiatisation de “procès très emblématiques” qui alimentent les attaques contre l’État de droit et le pouvoir judiciaire.
L’autre ingrédient qui exaspère l’organisation : une “insuffisance chronique des moyens dédiés autant en matière de répression que de prévention”. Le manque de moyens humains dans la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), le détricotage des acquis de la décennie 2010 en matière de lutte contre la corruption et les “problèmes structurels de mise en œuvre”, notamment dans la lutte contre la corruption dite “de basse intensité”, engendrent ce que l’ONG appelle l’“insalubrité publique”.
Risque de colère sociale
“La perception de la corruption des dirigeants alimente une colère sociale qui peut être tant une force de changement démocratique dans les régimes autoritaires que de basculement illibéral dans les régimes démocratiques” conclut sombrement le délégué général de Transparency International France, Florent Clouet.
Pourtant, face à ces constats, l’organisation ne se veut pas fataliste. Elle a ainsi fourni un plan “alternatif” rassemblant une vingtaine de mesures concrètes, ainsi qu’une feuille de route pour les candidats aux scrutins locaux de mars prochain. Ses recommandations passent notamment par la dotation de moyens plus larges à la justice pour lutter efficacement contre la corruption, en soumettant l’idée d’une nomination indépendante des magistrats du parquet par le CSM. La promotion d’une culture de “l’intégrité” aux postes ministériels par exemple ou le renforcement d’une “coopération internationale” figurent parmi les autres recommandations.
Article Acteurs Publics du 10 février 2026
Article publié le 11 février 2026.