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Coup d’envoi d’un appel d’offres pour la conception de l’identité numérique de l’État

Le ministère de l’Intérieur a lancé début août, via son Agence nationale des titres sécurisé, un appel d’offres pour trouver les entreprises qui l’aideront à bâtir le “Système de gestion de l’identité numérique”. Le projet complétera l’application Alicem, dont il reprend les caractéristiques, et notamment la reconnaissance faciale.
32 millions d’euros.
C’est le montant estimé du marché pour la future identité numérique de l’État, qui doit être confié à des prestataires d’ici la fin de l’année. Un appel d’offres a en effet été lancé le 6 août pour bâtir et maintenir le futur “Système de gestion de l’identité numérique” (SGIN) opéré par l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS).

Ce système doit succéder à l’application mobile Alicem, mais il ne la remplacera pas. Il reprendra en effet les principales caractéristiques développées par ce prototype qui n’a, à ce jour, toujours pas obtenu le précieux sésame de l’Anssi, selon le point de situation du déploiement de l’application joint à l’appel d’offres. Pour répondre aux exigences européennes du règlement eIDAS, Alicem et plus largement l’identité numérique régalienne, doit en effet atteindre un niveau de sécurité et d’authentification le plus élevé possible, et obtenir la certification du cybergardien de l’État.

Selon les documents attachés à l’appel d’offres, une identité de niveau élevé doit permettre de déverrouiller des usages plus sensibles comme la réalisation de gros virements bancaires, l’embarquement à l’aéroport, l’accès à son dossier médical partagé, le vote et dépôt de plainte en ligne... A ce jour, les identités disponibles sur le portail FranceConnect sont toutes de niveau faible, à l’exception de celle de La Poste qui a obtenu la certification de niveau "substantiel" (moyen) fin mai.

Accord-cadre sur 4 ans

Le marché vise à “proposer un système d’information complet, robuste et enrichissant Alicem, permettant de couvrir tous les cas d’usage de l’identité numérique”, indique le dossier de consultation. Dans le détail, l’accord-cadre doit démarrer en 2021 et courir jusqu’au début de l’année 2024. Il se décompose en 4 lots distincts. Le premier vise à fournir des prestations d’expertise à l’ANTS pour la conduite globale du programme. Le second porte sur l’amélioration du logiciel de lecture des puces des titres d’identité électroniques (passeports, titres de séjour, et futures cartes nationales d’identité électroniques). Le troisième lot doit mettre au point un système de comparaison photo, c’est-à-dire de vérification de l’identité via un mécanisme de reconnaissance faciale, comme c’est déjà le cas pour Alicem, et en assurer la sécurisation.

Enfin, le quatrième lot, le plus important (sa valeur pouvant potentiellement monter jusqu’à 30 millions d’euros), vise à développer le SGIN en “mode agile” notamment pour porter l’application Alicem sur mobiles iOS puis sur navigateur web pour les ordinateurs. Il s’agit également de continuer de maintenir Alicem jusqu’à son intégration au SGIN.

Accessibilité

Plus généralement, le SGIN, en tant qu’évolution d’Alicem, devra en améliorer “l’inclusivité”, c’est-à-dire l’accessibilité par l’ensemble des Français, qu’il s’agisse de mineurs, de personnes handicapées, ou en difficultés avec le numérique. En l’état, Alicem, dont le lancement officiel a été encore repoussé à la rentrée, n’est compatible qu’avec les smartphones Androïd. L’objectif est de la porter sur iPhones mais aussi sur ordinateur. Par ailleurs, un mécanisme alternatif à la reconnaissance faciale devra être mis en œuvre. Pour l’heure, la reconnaissance faciale sert à vérifier que l’utilisateur du téléphone et la pièce d’identité scannée à l’aide de ce même téléphone correspondent bien. Il sera donc question de mettre au point un système permettant de créer son identité numérique grâce à Alicem mais au cours d’un face à face avec un agent public, par exemple lors du retrait de sa nouvelle carte d’identité électronique, à partir de l’été 2021.

Le marché vise, en outre, à apporter des améliorations fonctionnelles, par exemple pour permettre la récupération du code PIN permettant de se connecter à l’application en cas d’oubli, ou bien la gestion d’une identité numérique associée à différents titres d’identité, ou encore la gestion de l’identité sur plusieurs appareils.

Autre chantier important pour l’avenir de l’identité numérique, l’Agence nationale des titres sécurisés aura pour mission de faire basculer l’environnement technique du SGIN dans le cloud du ministère de l’Intérieur, et ce compte-tenu des “ambitions du SGIN en termes de volumétrie” et donc de ses besoins en termes de “robustesse, de résilience et de scalabilité”. Le lancement du fameux système de gestion de l’identité numérique est attendu pour le deuxième trimestre de 2022. Il fera l’objet d’au moins deux évolutions successives d’ici début 2024.

Article Acteurs Publics du 19 août 2020

Article publié le 20 août 2020.


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