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CONTRE VÉRITÉ 3/10 : Non, la charge d’intérêts de la dette n’est pas le premier poste de dépenses publiques en France
La charge de la dette publique coûtera 79,2 milliards d’euros en 2026, ce qui est loin d’être le plus gros budget de l’Etat. Néanmoins, la hausse des taux place la France au seuil de vigilance des agences de notation.
A la fin du deuxième trimestre de cette année, la dette publique française s’établissait selon l’Insee à 3 600 milliards d’euros, soit l’équivalent de 119 % du PIB. Selon les données fournies récemment par le ministère des Finances dans le cadre de la présentation du projet de budget pour 2027, cette dette devrait nous coûter, toutes administrations publiques confondues, 79,2 milliards d’euros de charge d’intérêts en 2026.
Afin de montrer combien ce montant est d’ampleur, on entend souvent dire que ce coût de la dette est ou devient le premier poste de dépense. « C’est aujourd’hui le premier budget de l’Etat, supérieur à celui de l’éducation ou encore de la défense » expliquait ainsi Roland Lescure, ministre de l’Economie et des Finances le mois dernier. Qu’en est-il vraiment ?
Pour des raisons pédagogiques, on distingue généralement le budget de l’Etat de celui de la Sécurité sociale, celui des retraites de celui de la santé, les cotisations sociales des impôts, etc., toutes choses utiles à analyser. Il n’en reste pas moins que, sur le plan macroéconomique, l’action des autorités publiques se compose de prélèvements et de dépenses, quelle que soit leur nature.
Prendre un peu de hauteur permet par exemple de s’interroger, au strict plan financier, sur la place prise par le débat sur les retraites : selon les calculs du Conseil d’orientation des retraites, le déficit des pensions devrait cette année représenter l’équivalent de 0,2 % du PIB pour un déficit prévu désormais à 5,4 % du PIB. Prétendre résoudre le second par une action forte sur le premier revient à penser que c’est la queue qui remue le chien.
40 % des dépenses publiques en 1926
Adopter le même angle large permet aussi de relativiser le poids de la charge des intérêts de la dette. La France dépense bien plus pour ses retraites, pour l’assurance maladie, pour le total des dépenses d’éducation des administrations publiques que pour payer ses charges d’endettement. Elle dépense également plus en exonérations de cotisations sociales (88,4 milliards cette année).
Une autre façon de relativiser les données actuelles consiste à prendre du recul historique comme l’a fait une étude publiée l’an dernier. Elle montre que des années 1820 à 1920, la charge des intérêts de la dette représentait entre 20 et 35 % des dépenses publiques, pour monter à plus de 40 %, son pic historique, en 1926, au moment de la grosse crise sur le franc.
Après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement de l’Etat providence, les dépenses publiques ont fortement progressé si bien que le ratio est tombé un peu au-dessus de 1 % au début des années 1970. Un regard plus ciblé sur le dernier demi-siècle montre que le ratio a atteint un pic à 6,7 % au milieu des années 1990 avant de redescendre à 2,3 % en 2020. L’accumulation de déficits budgétaires des dernières années a fait grimper le stock de la dette et on peut estimer que la charge d’intérêts devrait représenter de l’ordre de 4,6 % des 1 700 milliards de dépenses publiques cette année.
Un risque de politique d’austérité forte
Encore une autre façon de voir les choses, privilégiée par les agences de notation qui cherchent à mesurer la capacité de paiement des pays, consiste à rapporter la charge d’intérêts à l’ensemble des recettes publiques, reflet des ressources propres que peut récolter un Etat. La règle implicite est que lorsque le ratio dépasse les 5 %, il faut regarder de près ce qui se passe. Or, sur la base des informations disponibles, on peut estimer que la France devrait se situer à ce seuil cette année.
Avec un stock de dette publique croissant rapidement, des taux d’intérêt qui se tendent fortement et un début de spéculation, le coût des emprunts augmente vite. La France a les capacités financières de payer ses créanciers, ils continuent d’ailleurs à nous prêter. Mais à un niveau de taux d’intérêt qui commence à faire craindre la possibilité d’un effet boule de neige ce qui risque de nous entraîner dans une politique d’austérité forte et sur plusieurs années, dont notre pays ressortirait dans un état social plus que malmené.
Article Alternatives Économiques du 19 octobre 2026
Article publié le 30 octobre 2026.