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EDF : le gouvernement joue sa dernière carte pour sauver le plan « Hercule »

La réforme d’EDF est-elle en train de sombrer ? Le projet de la direction du groupe et du gouvernement, en discussion depuis plus de dix-huit mois, n’est pas officiellement abandonné mais il est désormais en grande difficulté, et pourrait ne pas voir le jour avant la présidentielle de 2022. Pour tenter de sauver le projet « Hercule », le gouvernement a proposé, mardi 6 avril, aux syndicats, de modifier ses contours. Il espère parvenir à un improbable consensus, alors que le calendrier politique rend de plus en plus difficile ce vaste chantier voulu par Emmanuel Macron.

A l’origine, le projet « Hercule » est une vaste réorganisation d’EDF, pensée pour faire face aux importantes difficultés financières de l’énergéticien. L’objectif : obtenir de la Commission européenne une meilleure rémunération du nucléaire français en échange d’une réforme de l’énergéticien – dont la position dominante sur le marché hexagonal agace depuis longtemps à Bruxelles.

Le groupe serait donc scindé en plusieurs blocs : « EDF Bleu », une entité 100 % publique et consacrée essentiellement aux activités nucléaires ; « EDF Vert », qui regrouperait la vente d’électricité, les énergies renouvelables et le réseau de distribution Enedis – cette deuxième entité serait ouverte au privé, pour environ 30 % de son capital – ; Enfin, le projet prévoit la création d’une entité publique séparée, « EDF Azur », qui regrouperait les barrages hydroélectriques – une manière de régler un vieux contentieux entre Paris et Bruxelles.

Un obstacle toujours infranchissable

Depuis des mois, le gouvernement assure qu’il ne s’agit pas d’un démantèlement, mais d’un sauvetage, en raison de la situation économique de la société. « EDF va dans le mur » si le groupe ne se transforme pas, ne cesse de répéter le ministre de l’économie, Bruno Le Maire.

Les syndicats et les oppositions, à gauche et à droite, ne sont pas convaincus et s’inquiètent d’un début de « privatisation » de l’entreprise et de la fin d’un groupe historique français. Depuis plusieurs mois, les journées de grève s’enchaînent et restent très suivies – une nouvelle mobilisation doit avoir lieu, jeudi 8 avril.

Mais une autre opposition, tout aussi coriace, empêche le gouvernement et la direction d’EDF de mettre en œuvre « Hercule » : l’exécutif ne parvient pas à trouver un accord avec la Commission européenne. Si plusieurs points ont été réglés, un obstacle majeur semble toujours infranchissable. Pour Bruxelles, la production d’électricité et la fourniture d’électricité doivent être clairement séparées, avec une « muraille de Chine » entre les deux entités. Mais comment concilier cette exigence avec la promesse du gouvernement de ne pas séparer EDF en plusieurs morceaux ?

Début mars, le gouvernement a multiplié les déclarations assurant qu’un accord était proche. Mais, depuis, aucune réunion n’a eu lieu entre les ministres chargés du dossier, Barbara Pompili (transition écologique) et Bruno Le Maire, et la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager.

Cette absence d’avancée concrète risque de condamner le projet, car le gouvernement fait face à un imposant problème de calendrier : la présidentielle de 2022 arrive à grands pas. Même en cas d’accord avec Bruxelles, le processus devrait durer plusieurs mois, puisqu’il faudra voter une loi pour entériner ces changements puis changer les statuts de l’entreprise.

« Très difficile à vendre politiquement »

Début mars, le gouvernement espérait que ce processus pourrait être terminé en janvier 2022. Mais le temps court… Et joue contre « Hercule ». Comment défendre cette complexe réorganisation en pleine campagne électorale, alors que les syndicats et l’opposition vont insister sur les risques du projet pour EDF et pour les factures d’électricité des Français ? « C’est très difficile à vendre politiquement », reconnaît un conseiller ministériel.

Pour tenter de bénéficier d’un meilleur rapport de force, le gouvernement a joué une dernière carte, mardi : tenter de convaincre les syndicats de faire front commun pour peser plus lourd dans les négociations à Bruxelles.

Bruno Le Maire a reçu à Bercy le PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy et les représentants de l’intersyndicale pour leur vendre un « deal » d’un genre nouveau. Le ministre de l’économie a estimé que le projet pouvait être amendé et s’est engagé à inscrire dans la loi que l’Etat détiendrait »EDF Vert » à au moins 75 %. « Il ne veut plus qu’on prononce le nom Hercule », dit une source syndicale. L’exécutif doit faire parvenir aux syndicats d’ici à la fin de la semaine une proposition détaillée.

Un changement de stratégie alors que, jusqu’ici, les dirigeants syndicaux s’étaient toujours vus opposer une fin de non-recevoir. L’exécutif espère notamment que la CGC, deuxième syndicat de l’entreprise, et la CFDT, seront peut-être intéressées.

« C’est plus dur que la réforme des retraites »

Mais les organisations syndicales ont jusqu’ici affiché un – rare – front commun. « Il veut notre soutien en faisant une sorte de chantage, en nous racontant que c’est comme ça qu’on va sauver EDF », dit-on à la CGT, qui a déjà décidé de « ne pas toper ».

A Bercy, on refuse de s’avouer vaincu, même si on reconnaît que « c’est plus dur que la réforme des retraites ». Le cabinet du ministre explique qu’il n’y a pas de « plan B » – contrairement à ce qu’avait affirmé Barbara Pompili à l’Assemblée nationale en février. « On continue de chercher le projet qui correspond à la fois à ce que chacun souhaite et qui correspond également aux règles européennes », assure-t-on à Bercy.

Autrement dit : trouver la recette qui pourrait convaincre Bruxelles et les syndicats d’EDF tout en collant au projet du gouvernement. Une option qui paraît de moins en moins réaliste au fur et à mesure que se resserre le calendrier électoral.

Article Le Monde du 7 avril 2021

Article publié le 7 avril 2021.


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