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Grève des éboueurs à Toulouse : la possible privatisation met le feu aux poudres

L’annonce du maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, d’une possible privatisation du service attise la colère des éboueurs de Toulouse Métropole, en grève depuis le 15 décembre dernier. Ces derniers sont sortis déçus des discussions avec leur direction début janvier. L’intersyndicale (FO, CGT, FA-FPT, FSU, Solidaires Sud et Unsa) annonce que la grève devrait être reconduite et le mouvement pourrait même se durcir. Cette menace d’une privatisation est très mal vécue par les quelque 600 ripeurs et chauffeurs employés par la collectivité.

En grève depuis le 15 décembre, les éboueurs continuent de s’activer et ne lâchent rien. À l’aube jeudi 6 janvier, ils ont bloqué plusieurs dépôts avec des bacs poubelles. Raisin et Monlong, les deux plus importants, ont été bloqués par quelques dizaines d’éboueurs toute la journée. Les agents de l’Union ont ensuite rejoint le dépôt du Raisin pour grossir les troupes. Les syndicalistes pourraient poursuivre cette occupation des dépôts dans les jours à venir.

Mais le maire entend bien engager des poursuites. “Nous avons envoyé les huissiers”, a ainsi indiqué Jean-Luc Moudenc avant d’ajouter : “C’est une pratique illégale. Nous allons la combattre sur le terrain juridique ».

Un dialogue de sourds ?

Thomas Barby, le secrétaire général de la CGT Toulouse Métropole, dénonce un maire sourd qui n’entend pas les agents. “Depuis sept ans que Monsieur Moudenc est à la tête de la ville, nous l’avons rencontré cinq ou six fois seulement. Il refuse de discuter avec les agents et les syndicats !”, regrette le syndicaliste, choqué du “mépris” de Jean-Luc Moudenc à leur égard.

”Depuis une dizaine de jours, nous insistons pour le rencontrer et évoquer nos revendications mais aucune réponse. Par contre, on apprend qu’il parle dans les médias, ça fait mal et c’est très blessant pour tous les agents”.

À l’occasion de ses vœux à la presse, jeudi 6 janvier, l’édile de la quatrième ville de France a renouvelé sa confiance envers le vice-président de Toulouse Métropole, Vincent Terrail-Novès, à la manœuvre dans ce dossier et donc sa volonté de ne pas interférer dans son travail. De plus, pour l’intersyndicale de Toulouse Métropole, “jamais la porte n’a été fermée” pour dialoguer contrairement à ce qu’affirme le maire.

”Toutes les demandes de l’intersyndicale pour lesquelles nous avons répondu de manière positive sont en train de faire l’objet d’un chiffrage par les services de la Métropole”, affirme le vice-président pour rassurer les grévistes.

Bras de fer entre les syndicats et la métropole sur les congés supplémentaires

Difficile donc de trouver un terrain d’entente entre ce que voudraient les éboueurs et ce que leur proposent les services de la collectivité, en particulier sur un point. Les syndicats demandent 34 jours de congés supplémentaires en compensa-tion pour la pénibilité de leur travail tandis que la métropole en propose neuf, pour le moment.

”Notre dernière offre est d’accorder neuf jours de congés supplémentaires (...) Mais pour moi la référence, c’est ce que nous avons fait avec la police municipale, qui a obtenu 11 jours supplémentaires. Il faut approcher ces 11 jours mais ne pas aller trop loin non plus car je ne veux pas me créer des problèmes avec la police municipale », a fait Jean-Luc Moudenc, devant les médias, jeudi 6 janvier.

Pour justifier cette intransigeance dans les négociations, le maire de la ville énonce les avantages dont ont jusqu’alors bénéficié les éboueurs de la métropole toulousaine. “Aujourd’hui, nous sommes en moyenne à 25 heures hebdomadaires par agent avec des contrats de 39 heures. Mais avec le “fini-parti” certains arrivent même à 15 heures par semaine et s’en vantent. La loi nous demande de passer à 35 heures hebdomadaires, et à 1607 heures chaque année”, expose Jean-Luc Moudenc.

Concrètement, les éboueurs quittaient leur travail après leurs tournées matinales.

Pour Nicolas Refutin, secrétaire général de Force ouvrière (FO) Toulouse Métropole et représentant de l’intersyndicale, “la métropole propose seulement neuf jours de congés en plus et les augmentations de salaires restent floues”, assure-t-il. Le secrétaire général FO affirme que si la Métropole ne veut pas octroyer plus de jours pour la reconnaissance de la pénibilité c’est pour ne pas “froisser la police municipale et éviter un mécontentement”, confirme le représentant syndical.

Vers une privatisation des services ?

Si aucune solution n’est trouvée au cours des négociations, la collectivité ne ferme pas la porte à un passage sous gestion privée de la collecte des déchets via une délégation de service public (DSP) à l’image de ce qui a été fait pour la gestion de l’eau sur le territoire. Selon Jean-Luc Moudenc, cette possibilité ferait partie des revendications de nombreux Toulousains.

”Ma préférence est que nous restions dans le mode de gestion actuel. Mais les citoyens râlent de la situation et me demandent de confier le service au privé. Je ne peux pas ne pas entendre ce qu’ils me disent”.

Pour Thomas Barby, celle-ci serait en fait un projet de longue date. “On le savait depuis des années qu’il voulait aller vers cette privatisation, tout était programmé et décidé, maintenant qu’il assume !”, lance le syndicaliste CGT. Cette privatisation serait “violente pour les agents qui perdraient leur statut d’agent”. Si cette privatisation intervient, quelques changements pourraient bouleverser la privatisation.

Pour Nicolas Refutin (FO), “on ne prétend pas faire des avancées sociales en menaçant comme l’a fait le maire”. Le syndicaliste ajoute que si Jean-Luc Moudenc mettait ses menaces à exécution, ils ne pourront rien faire car cela fait partie de ses droits. Nicolas Refutin ajoute que cette prise de position du maire est un “mauvais signal pour les 13000 fonctionnaires sous ses ordres”. Dans la prise de parole de Jean-Luc Moudenc, outre la menace, Nicolas Refutin relève néanmoins qu’il souhaite que les discussions continuent.

Selon les estimations de Toulouse Métropole, 50% des éboueurs seraient en grève. Un chiffre sous-estimé selon Nicolas Refutin qui parle de 70 à 80% de grévistes “si on enlève les contractuels”. Un chiffre assez compliqué à calculer avec précision puisqu’il y a une procédure de déclaration individuelle à faire 48h avant.

Si la situation ne bouge pas, l’intersyndicale confie que les grévistes pourraient reconduire les blocages dans les dépôts, décision actée lors de prise de service au petit matin.

Article La Tribune du 8 janvier 2022

Article publié le 11 janvier 2022.


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