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L’IA, un outil d’amélioration du système éducatif à double tranchant

Pour l’OCDE, il ne fait aucun doute que l’intelligence artificielle (IA), grâce à son potentiel d’apprentissage personnalisé, est un outil remarquable pour favoriser l’éducation de tous. Gare toutefois aux effets pervers, qui pourraient accentuer les inégalités plutôt que les gommer.

Pas de trêve estivale pour les machines. Ni pour l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui a publié en août un rapport sur le potentiel de l’intelligence artificielle (IA) dans l’éducation. Tout particulièrement pour favoriser l’équité et l’inclusion. Autrement dit, à quel point l’IA, si elle est utilisée à bon escient, peut-elle contribuer à l’éducation de tous, qu’importe la situation sociale et personnelle, le genre, l’origine ou même l’orientation sexuelle ? 

Les experts de l’organisation se sont intéressés aux outils d’IA à la main des apprenants comme des enseignants, ou bien à ceux proposés directement par les institutions. Après avoir analysé la littérature disponible, principalement en langue anglaise – et donc pas forcément généralisable telle quelle –, ils en concluent que l’IA présente des opportunités réelles d’amélioration du système éducatif, que ce soit grâce à l’apprentissage adaptatif, à l’enrichissement des contenus ou à l’amélioration des processus d’admission ou de décision en général.

Pour autant, ce potentiel est loin d’être acquis. Les auteurs insistent notamment sur les enjeux de vie privée, d’éthique et même de responsabilité. En matière d’apprentissage personnalisé, les outils d’IA peuvent offrir une expérience qui réponde “aux besoins individuels des étudiants, renforçant par conséquent l’efficacité et l’inclusivité de l’éducation”, notamment en limitant le risque de décrochage scolaire. C’est précisément l’objectif que poursuit le ministère de l’Éducation nationale à travers le déploiement, promis pour la rentrée, de son IA “Mia” (pour “modules interactifs adaptatifs”), conçue pour aider les lycéens dans l’apprentissage des mathématiques et du français, avant une extension en langues étrangères.

Pour ce faire, préviennent les experts de l’OCDE, les IA ont besoin d’être entraînées avec de grandes masse et diversité de données à propos des élèves. Des données très prisées mais dont la sensibilité aura entre autres choses eu raison du projet d’“Education Data Hub”, une plate-forme d’échange de données éducatives entre l’administration, les collectivités, la recherche publique et les entreprises. Car l’utilisation de ces masses de données, laissées par les usages des enseignants et des élèves, soulève un risque de mauvais emploi, voire de commercialisation de ces précieuses informations, alerte l’OCDE. Mais aussi un risque de discrimination à cause des biais algorithmiques. Ce qui ne ferait que prolonger, voire amplifier les inégalités que l’IA était censée gommer.

Formation des enseignants
De la même manière, si l’IA représente une piste prometteuse pour faciliter l’éducation des élèves à besoins éducatifs particuliers (non francophones, en situation de handicap, en grande difficulté scolaire…), elle n’en reste pas moins un outil qui demande une certaine maîtrise technologique. Son utilisation pourrait par ailleurs renforcer le sentiment de solitude et d’isolement de certains élèves, au lieu de s’y attaquer frontalement.
Pour toutes ces raisons, l’OCDE met le doigt sur l’importance, pour les enseignants, d’être bien formés à cette nouvelle réalité. “L’utilisation des outils d’IA implique des utilisations diverses aux résultats variés. La médiation par les professeurs est donc vitale pour maximiser les bénéfices des outils d’IA”, écrivent les experts. Problème : les moyens et le temps nécessaires à la formation restent très importants et surtout variables en fonction des pays, et au sein même des pays. Il ne faudrait donc pas, là non plus, que les investissements dans la formation accentuent les inégalités d’une école à une autre.
Conclusion de l’OCDE : le déploiement de l’IA ne doit en aucun cas se faire à la va-vite, ni être envisagé comme une solution miracle et immédiate aux défis en matière d’éducation. Charge donc aux pouvoirs publics de prendre le temps de piloter et encadrer son déploiement.

Article Acteurs Publics du 20 août 2024

Article publié le 21 août 2024.


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