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La Cour des comptes a éreinté un logiciel de rédaction de procédures pénales pour la police nationale lancé en 2015 et censé aider les enquêteurs, qui s’est soldé par un échec dont le coût a été évalué à 257,4 millions d’euros.
En 2015, le ministère de l’Intérieur lance son projet Scribe destiné à remplacer l’ancien logiciel de rédaction des procédures pénales (LRPPN) de la police nationale. A l’époque, le projet est envisagé comme un outil commun à la police et à la gendarmerie.
Très vite, la gendarmerie se désengage dans un climat de "chicaneries de niveau cour d’école", a précisé le rapport de 500 pages, laissant la direction générale de la police nationale (DGPN) en assurer la maîtrise. Le programme connaît aussi dès le départ des retards et des critiques sévères concernant notamment l’architecture technique choisie par le prestataire Capgemini (Ça ne vous rappelle pas quelque chose ?). Parmi les critiques des utilisateurs : « un manque d’ergonomie », des « insuffisances », des pertes de temps estimées par certaines organisations syndicales de la police entre « 30 et 45 minutes par jour », écrit la Cour.
17 clics pour intégrer un PDF
Il est noté, à titre d’exemple, la nécessité de « 17 clics pour intégrer un PDF » et « l’impossibilité d’intégrer des fichiers supérieurs à 5 Mo (une simple photo peut avoir une taille supérieure) sans dégrader leur qualité ». Les photos « en deviennent alors inexploitables par les magistrats ».
Le logiciel est finalement un échec. Dans son ordonnance, dévoilée par Le Monde, la Cour des comptes décrit un projet « au contenu mal défini » et une « gouvernance éclatée ayant conduit à la dilution des responsabilités ». Elle évoque aussi « des irrégularités comptables significatives », notamment « un non respect des règles de suivi budgétaire » avant de conclure à une « faute grave » ayant causé un « préjudice financier significatif ».
Un préjudice à 257,4 millions d’euros
La Cour, qui évalue ce préjudice à « 257,4 millions d’euros » (coûts de développement perdus, coûts des missions, coûts de maintenance du logiciel existant qui aurait dû être remplacé, coût de la perte de temps des enquêteurs), met en cause la responsabilité de six personnes dont deux anciens directeurs de la police et deux anciens secrétaires généraux du ministère de l’Intérieur.
Il reviendra à la chambre du contentieux de la Cour de se prononcer sur l’existence des infractions, le préjudice financier et éventuellement l’application de sanctions aux gestionnaires publics dont la responsabilité a été retenue.
Pendant ce temps, l’autre projet, la "visioplainte", permettant de déposer plainte à distance via un appel vidéo, annoncé comme étant une révolution numérique attendue pour juin 2025, est suspendu.
Article Le télégramme du 3 décembre 2025
Article publié le 4 décembre 2025.