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Les adeptes du déclinisme déplorent que le PIB par habitant de la France soit passé sous la moyenne européenne. Or cet indicateur comporte des biais, et élude les vraies questions à se poser sur l’économie française.
La question peut à première vue paraître complètement saugrenue : la France est-elle un pays qui ne cesse de s’appauvrir ? Pour répondre, la démarche la plus évidente consiste à regarder la richesse que notre économie arrive à produire chaque année.
Or, selon la première estimation de l’Insee, le PIB en valeur de 2025 s’établit à 2 980,9 milliards d’euros, soit en gros le double de sa valeur de l’année 2000. On a fait pire, comme appauvrissement !
La question qui est posée aujourd’hui n’est donc pas celle de la richesse absolue de la France, mais de sa position relative : la France est-elle en train de s’appauvrir relativement aux autres pays européens ?
Le biais des paradis fiscaux
Pour répondre à cette question, on peut regarder où se situe le PIB par habitant du pays, en parité de pouvoir d’achat afin de ne pas subir l’effet de rythmes d’inflation différents. Les données d’Eurostat montrent alors qu’au cours des trois dernières années, le PIB par habitant de la France est passé sous la moyenne européenne. Il se situe, en 2024, à 39 100 euros contre 39 700 euros pour les 27 pays de l’Union européenne. D’où la conclusion, au ton volontairement alarmiste, qui a pu en être tirée : « En moyenne, un Français est aujourd’hui moins riche qu’un Européen. »
Un éditorialiste économique vigilant a alors fait remarquer trois choses : le PIB est un indicateur sujet à caution comme mesure de la richesse d’un pays ; la France connaît une démographie relativement plus favorable que ses voisins, ce qui diminue plus qu’ailleurs le ratio de la richesse produite par habitant ; un Irlandais, dont le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat se situe à 83 700 euros en 2024, n’est pas pour autant – dans sa vie quotidienne – plus de deux fois plus riche qu’un Français.
De fait, si l’on considère la moyenne des pays de la zone euro en retirant de ces 21 pays l’Irlande, le Luxembourg, Chypre et Malte (paradis fiscaux dont les PIB sont gonflés par des transferts artificiels d’activité), la France, avec 39 100 euros de PIB par habitant en 2024, affiche une richesse relative supérieure à cette moyenne, qui se situe à 36 688 euros cette année-là.
Dépasser le « déclassement »
Projeter l’image d’un déclassement permanent de la France représente une tactique de communication utilisée depuis des années par toutes celles et ceux qui veulent voir la France produire plus en travaillant plus. Le constat se termine immanquablement par une forme de dénonciation de la fainéantise des Français.
A l’inverse, à l’image de Thomas Piketty, on peut souligner que la France, comme le reste de l’Europe, a fait le choix de donner plus de place aux loisirs que dans les autres régions du monde, et qu’elle s’en porte mieux en termes d’espérance de vie et autres indicateurs sociaux et environnementaux.
On peut également rappeler que la croissance est le fruit du travail, mais aussi du capital et de la plus ou moins bonne façon de marier les deux. A ce sujet, on ferait mieux de s’interroger sur l’inquiétante et continue dégradation de l’efficacité du capital en France depuis vingt-cinq ans. Si la France veut continuer à s’enrichir, il faut que ses entreprises retrouvent le chemin de l’innovation qu’elles ont malheureusement quitté depuis trop longtemps.
Article Alternatives Économiques du 11 février 2026
Article publié le 11 février 2026.