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La région Paca passe un marché allant jusqu’à 2,5 millions d’euros avec des « influenceurs »

Malgré un budget présenté comme contraint, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur fait le choix de s’associer avec trois « agences d’influence » pour vanter son action sur les réseaux. L’enveloppe annuelle est de 625 000 euros et pourra être renouvelée trois fois.

Des coups de rabot, il y en a eu : 80 millions d’euros de coupes budgétaires en 2025. Rebelote en 2026. Le 10 avril, lors de sa séance plénière, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a voté un budget qu’elle présente comme « de responsabilité », allégé cette fois de 60 millions, sur fond de contexte national particulièrement contraignant, expliquait alors Renaud Muselier, le président Renaissance de l’institution.

Voilà qui n’empêche pas, quelques mois plus tard, la collectivité régionale de sceller des partenariats avec des agences de communication afin de mettre en place des « opérations d’influenceurs pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Montant annuel des marchés passés ? 625 000 euros. L’accord-cadre étant renouvelable trois fois au maximum, l’enveloppe est susceptible de grimper jusqu’à 2,5 millions d’euros sur quatre ans. Mission des lauréats ? Vanter l’action de la région sur les réseaux sociaux.

Le détail de l’offre est dans l’avis de marché paru vendredi 21 août dans le Bulletin officiel des annonces des marchés publics. On y apprend que ce marché, passé le 26 avril dernier par la région et entré en vigueur le 18 août, a été fructueux et que « trois opérateurs économiques » ont été retenus.
Renaud Muselier lors d’une conférence de presse au siège de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur le 14 avril 2025 à Marseille. © Photo Johnny Fidelin / Icon Sport / Abaca
Pour faire simple, chaque contrat passé est divisé en deux parties. La première, explique l’avis, « sera exécutée à prix unitaire à bon de commande ». Pour cette partie, « l’accord-cadre est passé pour un montant maximum annuel de 500 000 euro(s) HT ». Pour la seconde partie, « le marché est exécuté […] au moyen de la conclusion de marchés subséquents », lesquels, selon la commande de l’administration régionale, ne devront pas dépasser « 500 000 euro(s) HT soit 125 000 euro(s) annuel », si l’on tient compte d’éventuelles reconductions.
L’avis synthétise ainsi : « Le montant maximum annuel de l’accord-cadre est de 625 000 euro(s) HT comprenant la partie à bon de commande et à marchés subséquents. La durée du marché démarrera au 18 août 2026 pour une durée de un an. Le marché est renouvelable 3 fois par tacite reconduction par période d’un an, sans que sa durée ne puisse excéder quatre ans. »

« Ces montants sont des plafonds »

En clair, pour des missions de communication de moyenne envergure, la région fera appel, par un bon de commande, à l’une des trois agences retenues, à hauteur de 500 000 euros annuels. Et pour les opérations plus importantes, la région remettra les trois lauréats en concurrence. Montant annuel maximal alloué, cette fois : 125 000 euros.

« Le budget de fonctionnement consacré à la communication est en baisse, passant de 11,1 millions d’euros en 2024 à 10,7 millions d’euros en 2025 et 9,5 millions d’euros en 2026 », formulent, par écrit dans une réponse très générique, les services régionaux, sollicités par Marsactu. Avant de défendre la stratégie choisie : « Là où la publicité traditionnelle permet une couverture large, l’influence et le digital permettent de toucher des publics beaucoup plus ciblés, avec des budgets maîtrisés et un coût par personne touchée très compétitif. L’influence permet par ailleurs de développer une communication davantage incarnée, portée par des créateurs qui s’adressent directement à leurs communautés. » Public spécifiquement visé, assume la région : les jeunes.
Sur les montants détaillés par le marché, la région précise qu’il s’agit là d’un maximum : « Ces montants sont des plafonds et ne correspondent pas à des dépenses automatiquement engagées. » 
Le document administratif livre aussi les noms des lauréats choisis. Ils sont donc trois : Pauline Bechet Consulting (PBC), installée à Lançon-Provence, Dropery, à Marseille, et E-Idols, établie à Monaco. Cette dernière est une grosse machine de l’influence. L’agence affiche un positionnement haut de gamme et travaille avec Dior, Chanel, Guerlain, Porsche ou Prada.
À la région, les coups de rabot budgétaires des deux dernières années ont touché en priorité les domaines de la culture et de la solidarité.
« E-Idols accompagne les établissements d’exception dans le rayonnement de leur visibilité, en déployant des stratégies sur mesure mêlant social media, création de contenus, UGC [user generative content] et relations presse. Notre réseau de créateurs, célébrités, VIC [very important clients] et marques devient le vôtre ! », précise le site internet de l’agence, qui dit accompagner « les marques dans la création de collaborations fortes, capables de renforcer leur image, de capter l’attention et de générer de l’émotion » en associant « une célébrité » à une marque. Sur le site défilent les photos de comédiennes américaines comme d’influenceuses et influenceurs d’envergure nationale et internationale.

Via son agence d’influence 18h08, la société marseillaise Dropery œuvre, elle, auprès de marques telles que Booking.com, Decathlon, Burger King, Boulanger et, déjà, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Enfin, PBC n’est pas inconnue à la région, où elle a déjà été attributaire de marchés.

Déjà des marchés entre 2019 et 2024

Pauline Bechet, la fondatrice de l’entreprise, est quatrième adjointe à la mairie de Lançon-Provence où Julie Arias, issue des Républicains, à été réélue en mars à la tête d’une liste allant de Horizons à Reconquête en passant par le Rassemblement national. Elle possède deux bureaux. Le premier est installé à Lançon-Provence. Le second est domicilié à Enchastrayes, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Pauline Bechet y est, selon les informations confirmées à Mediapart, associée à l’ancien skieur Wadeck Gorak, dans une entreprise baptisée PBC Le Studio.

Leurs liens, à tous deux, avec la collectivité ont été, après un signalement anonyme, l’objet d’articles de Nice-Matin, déclenchant l’ouverture d’une enquête pour prise illégale d’intérêts le 3 juillet dernier, puis son classement sans suite dès le 28 juillet par le parquet de Marseille. Dans la foulée, après un dépôt de plainte de Renaud Muselier, le procureur a ouvert une enquête pour dénonciation calomnieuse. « Les investigations réalisées dans le cadre de cette enquête ont permis d’établir que les informations transmises dans le signalement anonyme étaient manifestement mensongères », écrit le parquet de Marseille dans son communiqué.

Quelques jours plus tôt, le 16 juillet, la région évacuait toute entorse à la probité dans sa relation avec PBC par un communiqué de presse : « Concernant les marchés attribués à la société Pauline Bechet Consulting, ceux-ci ont tous été conclus à l’issue de procédures de mise en concurrence ouvertes et transparentes, conformément aux dispositions du Code de la commande publique. »
« Entre 2019 et 2024, trois accords-cadres ont ainsi été attribués à cette société pour une durée de deux ans, portant sur la définition et la mise en œuvre d’une stratégie d’influence pour la région. Un quatrième accord-cadre lui a été confié en 2021 pour des prestations de conception, d’accompagnement et de mise en œuvre de stratégies de marketing digital. À chaque consultation, plusieurs entreprises ont remis une offre. Les analyses conduites par les services régionaux ont conduit à sélectionner l’offre économiquement la plus avantageuse au regard des critères préalablement définis », détaille la collectivité. Laquelle précise aussi que PBC avait participé « à deux autres procédures de consultation relatives à des prestations de marketing digital, en 2021 et en 2025, sans être retenue ».

À la région, les coups de rabot budgétaires des deux dernières années ont touché en priorité les domaines de la culture et de la solidarité. En particulier, comme le documentait Marsactu en juillet dernier, les structures destinées à la jeunesse et à l’insertion. Victimes de la pression d’un État qui serre la vis, mais surtout du besoin de la région de trouver des subsides pour organiser les Jeux olympiques d’hiver 2030. Événement sportif planétaire sur lequel, c’est certain, moult influenceurs et influenceuses dûment rémunérés pour cela ne manqueront pas de se pâmer dans des posts Instagram.

Cet article a été publié sur Marsactu vendredi 21 août 2026 et Mediapart.

Marsactu est un journal en ligne produisant enquêtes et informations sur l’agglomération de Marseille, partenaire de Mediapart comme d’autres équipes de journalistes en région : Mediacités à Lille, Nantes, Toulouse et Lyon, Le Poulpe en Normandie, le Bondy Blog en Seine-Saint-Denis, Rue89 Strasbourg et Rue89 Lyon, ou Guyaweb en Guyane.

Article publié le 27 août 2026.


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