vous êtes ici : accueil > Divers

Vos outils
  • Diminuer la taille du texte
  • Agmenter la taille du texte
  • Envoyer le lien à un ami
  • Imprimer le texte

Le scénario d’un report rapide de l’âge de la retraite à 64 ans sur la table

Après les échecs des régionales et de l’assurance-chômage, les pro-réformes poussent Emmanuel Macron à remanier les retraites avant la présidentielle pour une mise en œuvre après le scrutin.

Renverser la table avant la présidentielle avec une réforme des retraites ? Le débat fait plus que jamais rage autour d’Emmanuel Macron après l’échec de la majorité présidentielle aux élections régionales et la décision du Conseil d’Etat de suspendre le texte sur l’assurance-chômage. Selon des sources concordantes, les pro-réformes poussent à frapper un grand coup en repoussant l’âge de la retraite à 64 ans dans un délai très bref, même si la mesure n’entrerait en vigueur qu’après la présidentielle. Alexis Kohler, Bruno Le Maire et Sébastien Lecornu sont parmi eux, tandis que Jean Castex est plus prudent, et a fortiori Richard Ferrand.

Cette mesure serait inscrite dans le budget de la Sécurité sociale pour 2022, voté à partir d’octobre. La première génération concernée, née en 1961, basculerait en 2022-2023, avec un âge d’ouverture des droits de 62 ans et demi. Les trois générations suivantes prendraient ainsi six mois de plus chacune. Les natifs de 1964 fermeraient la marche et partiraient à 64 ans en 2028-2029.

Revaloriser le minimum de pension

En 2010, l’âge de départ avait déjà été repoussé de deux ans, mais sur un rythme plus lent - trois ou quatre mois par génération. Avec un tempo rapide de six mois par an, le rendement financier de la réforme Castex tournerait autour de 14 milliards d’euros en 2026. Mais les exemptions et départs anticipés pour carrière longue, invalidité, etc., diminueraient les économies de plusieurs milliards.

De plus, Emmanuel Macron passerait comme promis le minimum de pension à 1.000 euros par mois pour les travailleurs ayant une carrière complète, puis à 85 % du SMIC. Cette mesure aurait un coût. Sans compter que le report de l’âge pourrait financer une réforme sur le grand âge et une garantie jeunes extensive.

Couper l’herbe sous le pied de la droite

Ce scénario de retraite à 64 ans fait partie de la multitude de projections étudiées par l’administration depuis des mois, le chef de l’Etat ayant demandé à ce que l’on tienne à sa disposition plusieurs pistes de réforme prêtes à l’emploi. Rien n’a été arbitré définitivement, mais il est revenu au-dessus de la pile, et il est en phase d’affinement. Il peut paraître suicidaire de se lancer dans une réforme si impopulaire à la veille de la présidentielle.

Mais ce serait une façon de couper l’herbe sous le pied d’une droite ragaillardie par les régionales et de renouer avec l’ADN transformateur d’Emmanuel Macron. Le gouvernement peut se prévaloir d’une rafale récente de rapports : le Conseil d’orientation des retraites a fait état de déficits persistants ; la Cour des Comptes puis lamission Tirole-Blanchard ont pointé la nécessité de repousser l’âge...

« Si le président est classique, il sera battu », plaide un poids lourd du gouvernement - autrement dit, il ne faut pas avoir peur d’agir en cette fin de quinquennat. Il faut marquer la fin de « l’open bar », dit-il, et « reconstituer des noisettes pour le prochain hiver » : « cela n’implique pas forcément la réforme des retraites, mais plus vite on la fait, mieux on se porte ». Cela permettrait de « valoriser ce qu’on a fait et réintégrer la réforme des retraites dans une réflexion sur le travail », suite à l’abandon du projet initial de système universel.

Pourtant, même le Medef ne veut pas d’une réforme à la va-vite. Il préfère que le sujet soit porté politiquement dans la campagne présidentielle. Mais ce ministre juge au contraire que « commencer un quinquennat par une réforme des retraites, ça ne réinvente pas la nation française », et qu’il vaut mieux déblayer le terrain par avance. « C’est deux lignes dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Comme ça, si les gens n’en veulent pas, ils ne reconduiront pas Emmanuel Macron », argumente-t-il. L’horizon de la présidentielle peut même selon lui être « un antidote aux mouvements sociaux », parce que les Français pourront décider de changer de président.

Si les régimes spéciaux ne sont pas supprimés, ce qui semble être le cas de ce scénario, la réforme passerait plus facilement dans la rue. Ce qui ne veut pas dire qu’elle se ferait sans heurts. D’où les débats et les hésitations.

Article Les Echos du 28 juin 2021

Article publié le 28 juin 2021.


Politique de confidentialité. Site réalisé en interne et propulsé par SPIP.