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Le sport au travail, nouveau credo des administrations

Un esprit sain dans un corps sain… Quelques administrations pionnières appliquent ce précepte antique en proposant une activité physique à leurs agents. À la clé, moins d’absentéisme et de meilleures performances.

Depuis début 2017, les 860 agents de la mairie de Poissy (Yvelines) ont droit à deux heures par semaine sur leur temps de travail pour pratiquer la marche nordique, la natation, l’aquagym, le tennis de table ou encore le chant choral. À Suresnes (Hauts-de-Seine), les quelque 1 000 agents de la ville peuvent également, depuis 2018, consacrer deux heures de leur temps de travail au réveil musculaire, à la marche, au golf, au jonglage, à la natation ou au chant. La fonction publique d’État n’est pas en reste. Son Fonds interministériel pour l’amélioration des conditions de travail (Fiact), créé en 2018, a par exemple financé la “promotion de l’activité physique au travail” de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de la Marne ; le programme “Sport, santé, bien-être en administrations publiques de l’État” de la direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) de Bourgogne-Franche-Comté ou encore celui sur “l’activité physique au service de la performance collective de l’administration du futur” de la préfecture de région Occitanie afin de lutter contre la sédentarité des agents [lire encadré ci-dessous]. À noter également les “activités de détente par des pratiques physiques variées” (yoga, boxe, pilates…) à destination des personnels annoncées sur le site Internet de l’université d’Évry-Val d’Essonne.

Ces initiatives partent du principe que le bien-être physique le bien-être et moral vont de pair. De cette conviction générale, il en découle d’autres, plus opérationnelles, sur les bienfaits de l’activité physique sur la réduction des pathologies, du stress, de l’absentéisme ou au contraire sur le renforcement de la motivation, de l’esprit d’équipe et de la performance.
Entre 7 et 9 % d’économies pour la société

Une étude réalisée en 2015 par le cabinet Goodwill Management pour le compte du Medef et du Comité olympique montre ainsi qu’un salarié en forme travaille plus vite et est moins souvent absent. Les auteurs ont calculé qu’une personne sédentaire qui se met à pratiquer une activité physique améliore sa productivité de 6 à 9 % et une entreprise, sa rentabilité de 1 à 14 %. La société en général réaliserait entre 7 et 9 % d’économies, du fait de la réduction des dépenses de santé, et les salariés eux-mêmes, de 5 à 7 % d’économies.

Sans attendre des bénéfices aussi précis que ceux décrits dans l’étude du Medef, Karine Conte, déléguée aux ressources humaines à la mairie de Poissy, affiche une simple conviction : “Je crois qu’un salarié heureux est plus efficace.” L’objectif du programme d’activités physiques de la ville est d’abord le mieux-être de ses 850 agents. L’augmentation de la performance est une conséquence bienvenue, mais hypothétique. “On peut sûrement rapprocher le sport et la baisse de l’absentéisme, mais les facteurs de l’absentéisme sont multiples et résident surtout dans les relations avec le management”, explique cette ancienne DRH de l’usine Renault du Mans. Lorsque la municipalité met en place son programme, en 2017, il s’agit d’abord “d’améliorer les collaborations entre agents par la pratique d’activités en équipe”, mais aussi d’offrir des “contreparties aux agents après les efforts imposés pour réduire les dépenses” les années précédentes, raconte-t-elle.

Études scientifiques et expérience suédoise

Béatrice de Lavalette, adjointe au maire de Suresnes, déléguée aux ressources humaines et au dialogue social, est également convaincue que les agents, “placés dans de bonnes conditions de travail, donnent le meilleur d’eux-mêmes” et qu’en outre, l’activité physique “participe à la baisse de l’absentéisme”. Elle s’est forgé son opinion à partir d’études et d’un voyage en Suède en 2018. “De nombreuses entreprises suédoises imposent à leurs salariés de pratiquer le sport pendant leur temps de travail, j’ai constaté que cela fonctionnait”, témoigne-t-elle. De ce voyage, elle revient convaincue que les agents de Suresnes doivent désormais eux aussi pouvoir faire du sport sur leur temps de travail. C’était par ailleurs une demande de la CGT de Suresnes.

À l’appui de cette conviction, Béatrice de Lavalette cite aussi des études scientifiques, dont une de l’université de Stockholm de 2014 selon laquelle l’activité physique pendant la journée de travail réduit l’absentéisme de 22 %, une autre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2003, qui constate une réduction des congés maladie de 6 à 32 %, et l’étude de Goodwill mentionnée plus haut. Dans sa propre collectivité, le taux d’absentéisme pour maladie ordinaire a baissé entre 2018 et 2019 (de 4,74 à 4,35 %), de même que le taux d’absentéisme compressible (part du temps de travail “perdu” en raison d’absences compressibles – accidents et maladie ordinaire – sur effectif moyen annuel), qui passe de 4,94 % en 2018 à 4,71 % en 2019. Elle reste néanmoins persuadée qu’on ne peut isoler la pratique sportive comme cause unique de la baisse de l’absentéisme. Grande promotrice du dialogue social dans sa ville – elle y a signé une trentaine d’accords, dont celui sur le sport –, mais aussi dans la région Île-de-France, dont elle est vice-présidente, et dans la fonction publique en général, elle y voit le levier par excellence de l’optimisation de la performance publique.

Équipements et animateurs municipaux

À Poissy, 25 % des agents municipaux participent aux activités sportives proposées par leur employeur, selon Karine Conte. Les assistantes maternelles ne sont pas oubliées, puisqu’elles peuvent pratiquer le samedi matin et récupèrent ensuite deux heures. Selon une enquête réalisée par la mairie en 2018, les agents qui pratiquent “sont très satisfaits : ils constatent une amélioration de leur état physique et psychologique, de leurs rapports sociaux, de leur bien-être et une baisse du stress”, relate Karine Conte. L’élue relève que le taux d’absence des agents en raison d’une maladie ordinaire était de 3,47 % en 2018. C’est mieux que le taux mesuré par Sofaxis sur l’ensemble des collectivités territoriales dans son ­baromètre de juin 2018 : 4,8 %. Karine Conte fait également valoir que le coût de ce programme “est faible puisque les agents utilisent les installations sportives de la ville et sont encadrés par ses animateurs”. Elle ambitionne désormais d’augmenter le nombre d’agents participants.

À Suresnes, une centaine d’agents sont inscrits aux activités sportives et culturelles. Celles-ci ont lieu au cours de la journée. “L’idée est que les agents reviennent à leur bureau avec les bénéfices de ces activités”, explique Béatrice de Lavalette. Celles-ci se déroulent dans les équipements de la ville et sont encadrées par ses intervenants sportifs. Pour ces raisons, leur impact financier est nul, précise l’édile en direction de ses administrés. En direction de la Cour des comptes : les heures de sport sont comptées comme de la formation, afin de satisfaire à l’obligation de travailler 1 607 heures par an. Lors du confinement lié à la pandémie de Covid-19, les activités ont été interrompues, sauf les séances de réveil musculaire, maintenues par vidéo, pour “conserver un collectif”, précise Béatrice de Lavalette.

La préfecture de région Occitanie développe la “pause active”
Avant même de faire du sport, on peut déjà essayer d’être un peu moins sédentaire, c’est-à-dire ne pas passer 12 heures par jour assis (transports et loisirs compris) comme le font la plupart des salariés du tertiaire. Conseillère “action sociale et environnement professionnel” à la préfecture de région Occitanie, Jacqueline Maréchal tente d’y populariser la “pause active”. “Au moins 5 minutes toutes les heures, se mettre debout, marcher, faire des mouvements même assis, passer voir l’assistante plutôt que lui écrire un mail, passer dire bonjour aux collègues, faire une présentation debout, prendre le café debout”, conseille-t-elle. Mais aussi “changer de regard sur les collègues qui font des mouvements”. C’est tout l’objet de la démarche régionale qu’elle a entreprise il y a un peu plus d’un an avec l’appui financier du Fiact, qui a débloqué 10 000 euros. Avec l’aide du Creps (en charge de la préparation des sportifs de haut niveau), elle a ainsi pu sensibiliser des agents, des encadrants et des élus du CHSCT aux conséquences de la position assise prolongée. Ce travail a ensuite été synthétisé dans un livret.

Article Acteurs Publics du 26 novembre 2020

Article publié le 2 décembre 2020.


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