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Le vrai défi de la retraite à 65 ans

Emmanuel Macron a deux bonnes raisons de relever l’âge de la retraite. Mais les entreprises voudront-elles vraiment faire travailler les seniors ?

Grande première en France ! Un candidat à l’élection présidentielle ose entamer sa campagne en prenant les Français à rebrousse-poil. C’est un pari politique, économique, social. Et un défi méconnu.

Emmanuel Macron veut en effet porter l’âge de la retraite de 62 à 65 ans, une mesure très impopulaire. Seulement 20 % des Français estiment qu’il faut augmenter l’âge légal de la retraite, contre 32 % qui voudraient l’abaisser et 48 % le maintenir à 62 ans (sondage Elabe de juillet 2021).

L’échec du régime à points

Par le passé, aucun candidat ne s’était aventuré dans ces eaux dangereuses. Sauf François Fillon, sans doute parce qu’il avait travaillé la question. Ministre des Affaires sociales, il avait allongé la durée de retraite des fonctionnaires en 2003. Premier ministre en 2010, il a repoussé l’âge légal de départ de 60 à 62 ans. Candidat en 2017, il avait proposé le report à 65 ans, sans le proclamer haut et fort. Comme aujourd’hui Valérie Pécresse, issue du même parti.

Pourquoi donc Emmanuel Macron se lance-t-il dans cette galère ? Il sait bien qu’il est compliqué de toucher aux retraites. Dans son quinquennat, il a échoué à faire basculer le système vers un régime à points, comme il l’avait promis en 2017.

Un report impopulaire

Mais le président a aussi appris. Il a pu faire des réformes majeures sur la réglementation du travail et la fiscalité du capital pour trois raisons. Il avait longuement mûri ces projets auparavant. Il les avait mis au coeur de sa campagne. Et, dans la foulée de sa victoire, il avait une forte légitimité pour les faire passer.

Cette fois-ci, le locataire de l’Elysée a eu le temps de méditer son échec sur le régime à points. Dans son programme 2022, il met en avant la retraite à 65 ans. Il peut ainsi espérer faire voter la réforme avant la fin de l’année. A condition que l’impopularité de ce report ne l’empêche pas de remporter l’élection présidentielle. Puis les législatives, que certains de ses proches estiment désormais gagnables.

Le système prend l’eau

Et il faut agir sur les retraites. N’en déplaise aux incurables optimistes, le système prend l’eau. Les prévisionnistes n’arrivant pas à anticiper les épidémies ou les guerres, le déficit ressurgit sans cesse. Il n’y a pas besoin de modèles sophistiqués pour montrer que le pays où les seniors partent le plus tôt à la retraite en ayant le niveau de vie le plus élevé (relativement à l’ensemble de la population) a des problèmes de financement.

Depuis maintenant près d’une décennie, ce problème est réglé discrètement à coups de baisses des pensions de retraite. Ou, pour être plus précis, d’augmentations inférieures à l’inflation. Ce n’est apparemment pas ce que souhaitent les Français.

Une mesure à effets rapides

Quand les sondeurs leur demandent de choisir entre l’augmentation et la baisse de l’âge de la retraite, beaucoup d’entre eux préfèrent certes la baisse. Mais ce n’est guère surprenant. Les Français seraient aussi sans doute plus nombreux à préférer une sixième semaine de congés payés plutôt que la suppression de la cinquième semaine.

Le vrai choix, c’est entre l’augmentation des cotisations sociales (déjà très élevées en France), la baisse des pensions ou le relèvement de l’âge de départ. Il est d’ailleurs étonnant qu’il n’existe apparemment aucune enquête récente et approfondie sur les préférences des Français en la matière.

Le président-candidat a une autre raison de vouloir augmenter l’âge de la retraite : c’est la seule mesure permettant de débloquer rapidement des ressources budgétaires importantes. Le scénario a été décrit par le conseiller économique de Natixis, Patrick Artus : « Reporter l’âge de la retraite pour réduire les dépenses publiques de retraite, retrouver alors des marges de manoeuvre budgétaires, et les utiliser de manière transparente pour accroître des dépenses publiques utiles (aides aux jeunes, éducation, transition énergétique…). »

Logiquement, les syndicats, qui représentent les salariés, rejettent violemment cette perspective. Le leader de la CFDT, Laurent Berger, affirme que « c’est une réforme injuste, brutale ». Un bras de fer à l’issue incertaine pourrait se jouer cet été. Depuis trois décennies, la retraite a provoqué les plus grands mouvements sociaux français.

Le problème est managérial

Mais c’est pour les entreprises que la retraite à 65 ans constituera le plus grand défi. Car ce report ne portera pas ses fruits si les salariés terminent leur carrière au chômage, en congés maladie ou en situation de handicap. Ce n’est pas impossible, à regarder ce qui se passe dans la plupart des pays avancés. Ce n’est pas mécanique non plus.

Pour que les salariés travaillent plus longtemps, leurs employeurs devront par exemple réfléchir plus en amont à la pénibilité du travail.

Le problème est aussi managérial, comme le relevait le sociologue Xavier Devetter en 2019 dans la « Revue française de socio-économie » : « La pénibilité, tant physique que psychosociale, qui touche le plus souvent les métiers considérés comme peu qualifiés - et typiquement les emplois du nettoyage - tient certes en partie à la ’nature’ de l’activité de travail, mais aussi, et surtout, à des pratiques d’organisation et de management sur lesquelles des marges de manoeuvre importantes existent. »

Pour réussir la réforme de la retraite à 65 ans, les organisations patronales comme le Medef devraient lancer de grandes campagnes de sensibilisation auprès de leurs adhérents. Pour l’instant, on ne les a pas beaucoup entendues. Mais ça va sûrement venir.

Article Les Echos du 15 mars 2022

Article publié le 25 mars 2022.


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