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Les Scop sont bien plus pérennes que les entreprises traditionnelles

Ces dernières semaines, le statut de Scop a été évoqué pour sauver des industriels en difficulté. Mais ce modèle de société gagne à se faire connaître pour d’autres raisons. Les Scop résistent mieux que les entreprises traditionnelles.

Dans une fin d’année 2025 pour l’industrie marquée par la multiplication des plans sociaux, voire la fermeture d’usines, un mot est revenu à plusieurs reprises dans certains dossiers : SCOP pour société coopérative et participative, où les salariés sont aussi les actionnaires et au sein de laquelle les décisions sont prises de manière collégiale. « Les salariés ne voulaient pas de repreneurs, ils voulaient devenir propriétaires de leur outil de production, et savoir où va le cash », raconte Roxanne Creutz, la gérante de la SCOP La Meusienne. Cette PME de 40 collaborateurs sociétaires est devenue une Scop au cours de l’été 2024, sur décision de justice, après plusieurs années de gestion par des fonds de retournement.

Fabricant de tubes en inox avec un savoir-faire spécifique, notamment pour les secteurs de l’agroalimentaire, de la distribution de l’eau ou pour les échangeurs de chaleur, l’exemple de La Meusienne n’est pas un cas isolé. Selon l’Union sociale des SCOP et des SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), elles seraient environ 300 sociétés industrielles sous ce statut en France. La plus importante d’entre elles n’est autre qu’Acome, un fabricant de câbles en partie pour l’automobile, le BTP et les télécoms, qui emploie 1 000 salariés dans son usine de Romagny-Fontenay (Manche). Celle-ci vise le milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2030.

« Ce sont des sociétés plus stables, plus pérennes et plus saines. Nous souhaitons développer leur nombre dans le pays. On parle beaucoup des tentatives de reprise en Scop des sociétés en difficulté, mais il y a aussi des sociétés qui se montent avec ce statut et d’autres qui sont reprises par les collaborateurs au départ à la retraite de leur dirigeant. La Scop est aussi un levier de transmission », commente Rémi Roux, cofondateur et gérant de la Scop Ethiquable, qui produit des tablettes de chocolat et du café dans le Gers, et membre du mouvement des Scop industrielles au sein de la fédération nationale.

« Notre modèle fonctionne »

Ce statut a fait une entrée remarquée dans le débat public avec la chute en quelques mois de la Scop toulousaine Scopelec au cours de l’année 2022, alors plus grande société coopérative de France avec près de 4000 collaborateurs et surtout sous-traitante d’Orange pour l’installation de la fibre. Dernièrement, ce statut a fait son apparition dans le dossier du chimiste Vencorex, en redressement judiciaire. Bien que depuis un actionnaire chinois se soit emparé de l’entreprise, une offre de reprise en Scop était portée par les salariés. Avant Noël, le dernier fabricant français de gros électroménager Brandt a été liquidé malgré un projet de reprise en Scop par la moitié de ses effectifs, soit environ 400 personnes.

« Les acteurs du dossier sont venus nous chercher huit jours avant la date fatidique… Vous savez monter une société coopérative en huit jours ? Fédérer 400 à 450 salariés sociétaires en si peu de temps ? C’était impossible, il nous fallait six mois pour ce dossier. Il faut arrêter d’opter pour la Scop en solution de dernier recours, c’est une vraie solution et un vrai modèle de développement dans notre économie actuelle », regrette Rémi Roux, membre de la direction nationale de l’Union sociale des SCOP et des SCIC.

Selon l’Insee, 79 % des Scop sont toujours actives cinq ans après leur démarrage, contre 61 % pour les entreprises « classiques », d’après des chiffres publiés en fin d’année 2024. « Sans aide du monde de la finance et sans atout au départ, nous arrivons premiers de la classe cinq ans après. C’est bien la preuve que notre modèle fonctionne », insiste Rémi Roux. La relance de l’industriel Duralex, fabricant de vaisselle en verre trempé, en Scop est un nouvel exemple que ce modèle d’entreprise peut être une solution pour des projets industriels. Surtout, cette marque bénéficie d’un engouement populaire peu commun, grâce à son histoire, à l’image de la récente levée de fonds participative qui lui a permis de récolter près de 7 millions d’euros. Une somme qui va permettre de créer des emplois et d’investir pour créer de nouvelles gammes de produits, en misant notamment sur la couleur.

« Nous n’avons pas le droit à l’erreur »

Alors que les investissements industriels marquent un coup d’arrêt, les Scop affichent en effet une certaine résilience dans la période, grâce à une gestion en bon père de famille malgré des moyens financiers limités. Ethiquable, qui devrait boucler l’exercice 2025 autour des 86 millions d’euros de chiffre d’affaires (+11 % de croissance par rapport à 2024), prépare un investissement de cinq millions d’euros, pour s’équiper d’un torréfacteur de cacao. Ce choix permettra, à terme, de diminuer ses coûts de production en internalisant cette phase du procédé de fabrication de ses tablettes de chocolat.

Forte de 169 salariés, la PME n’est pas la seule à opter pour cette stratégie. La Meusienne a fait le choix d’inclure son sous-traitant dédié à la maintenance et au développement dans son montage de création de la Scop, dans le souci de gagner en agilité et en compétitivité. Avec ce choix, la société industrielle compte gagner des parts de marché dans le nucléaire, la défense et l’agroalimentaire. Seulement trois entreprises en France sont capables de produire ces tubes en inox de six à quinze mètres de long.

« En 2026, nous visons les 12 millions de chiffre d’affaires. Nous discutons beaucoup en interne pour décider des investissements à mener, nous n’avons pas le droit à l’erreur. La Scop procure beaucoup de joie mais c’est un statut exigeant au quotidien », conclut Roxanne Creutz.

Article La Tribune du 7 janvier 2026

Article publié le 8 janvier 2026.


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