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Marcher trois minutes toutes les demi-heures, une recommandation que bien des travailleurs peinent à appliquer

En moyenne, plus d’un tiers des Français restent assis pendant plus de huit heures par jour. Ce comportement a des effets délétères sur la santé, augmentant notamment les risques de maladies cardiovasculaires, de surpoids et de diabète.

Depuis quatre ans, Christophe saupoudre son quotidien d’activités physiques. Le matin, cet informaticien de 591 ans agrémente son café d’une balade de "2 à 3 000 pas", un rituel qu’il répète midi et soir. Assez pour arriver à 10 000 pas à la fin de la journée. Pendant ses heures de travail, chez lui, il égrène les petites tâches ménagères, comme vider son lave-vaisselle ou passer un coup d’aspirateur.

Ainsi, il "évite de s’encrasser" et surtout ne plus avoir le dos immobilisé(Nouvelle fenêtre), comme cela lui est arrivé pendant le confinement en pleine pandémie de Covid-19. "Ma solution, ce n’est pas de faire de la course à pied le soir ou le week-end, mais plutôt la continuité et la fréquence de mes activités physiques."

Cette petite routine colle aux recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), publiées sur son site(Nouvelle fenêtre) début octobre, pour lutter contre les effets de sa sédentarité. A savoir : marcher durant cinq minutes, "à intensité faible à modérée", toutes les 30 minutes pour les adultes et trois minutes "plus intenses" toutes les 30 minutes concernant les enfants. "L’idée est de faire monter le rythme cardiaque", souligne Félix Faber, vice-président de la Fédération française des masseurs kinésithérapeutes rééducateurs. Les meilleurs résultats sont obtenus autour de cette demi-heure, pointe l’Anses, précisant qu’ils "s’atténuent au-delà", surtout "si on dépasse une heure". "Au-delà, les bénéfices cognitifs et sur la glycémie et l’insulinémie ne sont plus retrouvés", explique l’Anses à franceinfo.

L’autorité sanitaire constate en effet qu’"une grande partie de la population, en particulier les jeunes, est à la fois insuffisamment active et trop sédentaire" et dénombre "plus de 37%" de la population adulte restant "plus de huit heures par jour en position assise". Ce comportement augmente le risque de développer certaines maladies chroniques, prévient l’Anses, comme le diabète de type 2, l’obésité, des pathologies cardiovasculaires, respiratoires ou ostéoarticulaires, ainsi que certains cancers. En outre, "interrompre la position assise aurait aussi un effet positif sur les fonctions cognitives", relève l’agence, citant l’"amélioration de l’attention, du temps de réaction, de l’humeur et une diminution de la sensation de fatigue".

"J’ai mal aux jambes, car je passe tout mon temps assise"

Tout le monde ne peut pas, cependant, reproduire le quotidien de Christophe, qui travaille essentiellement depuis chez lui et gère son emploi du temps comme il l’entend. Même si le Code du travail(Nouvelle fenêtre) stipule que "dès que le temps de travail quotidien atteint six heures, le salarié bénéficie d’un temps de pause d’une durée minimale de vingt minutes consécutives", certains ne peuvent pas en profiter comme ils l’entendent, encore moins pour faire un peu d’exercice physique. Brendan, ouvrier agricole dans une usine de stockage de céréales en Bretagne, le confirme : "On a des obligations, où pendant une heure et demie ou deux heures, on ne peut pas s’absenter de notre poste", notamment quand il attend que les agriculteurs amènent leurs récoltes.

Marie-Camille sillonne pour sa part la région Auvergne-Rhône-Alpes, depuis six ans, pour prélever les eaux des rivières et des industries locales, afin de les analyser. A seulement 30 ans, cette technicienne ressent déjà les effets de ses 1 000 à 1 500 km hebdomadaires au volant de sa voiture. "J’ai mal aux jambes, car je passe tout mon temps assise", déplore-t-elle. Son médecin lui a prescrit des séances de kinésithérapie, mais elle peine à trouver un créneau à cause de ses journées à rallonge.

"Quand j’ai une semaine assez chargée et que je n’ai pas pu bouger autant que je le voulais, j’ai beaucoup plus mal au dos et aux jambes la semaine suivante."
Marie-Camille, technicienne à franceinfo

En attendant, elle et ses collègues, libres le vendredi après-midi, organisent des randonnées pour se dégourdir. Pourtant, cette solution a ses limites. "On a récemment découvert que l’activité physique en dehors de son travail ne suffit pas à protéger des méfaits de la sédentarité, prévient Félix Faber. Le cœur est une machine qu’il faut régulièrement faire monter dans les tours".

Si appliquer les recommandations de santé publique relève du défi, les mentalités ont encore du mal à évoluer du côté des employeurs. Dans le Var, Amandine affirme avoir tenté de sensibiliser sa direction à cette problématique. "J’ai un travail sédentaire dans un bureau, mais si on me voyait errer dans les couloirs toutes les 30 minutes, je subirais des remarques, note-t-elle. Cela a été reproché à certains collègues, à qui on a dit : ’Tiens, tu t’ennuies tellement que tu te promènes !’”

"Je trouve tous ces discours culpabilisants"

Emma ne s’imagine pas non plus commencer des petits parcours santé au bureau. Cette architecte francilienne, qui aimerait "sincèrement" pouvoir appliquer ces conseils, craint que la théorie se heurte à la pratique. "Mon travail requiert de l’analyse, de la cohérence et du rédactionnel. J’ai besoin de me plonger dans mon activité, ce qui prend environ vingt minutes, observe la sexagénaire, qui surveille son alimentation, "essaie" de manger bio, et s’informe sur les bonnes pratiques pour rester en forme. "J’ai conscience que c’est ce qu’il faudrait faire pour être en meilleure santé. Mais je trouve tous ces discours culpabilisants. Si on voulait démoraliser quelqu’un, il ne faudrait pas s’y prendre autrement."

"En donnant des objectifs impossibles à atteindre aux personnes sédentaires, ça les conforte dans l’idée qu’il vaut mieux ne rien faire", lâche le cardiologue François Carré. Aujourd’hui à la retraite, il a fait de la sédentarité un combat depuis quatre décennies. "Ces objectifs sont inatteignables", même si "scientifiquement, l’Anses a raison", résume le président du collectif Pour une France en Forme, où soignants et personnalités promeuvent les bienfaits de l’activité physique.

Quand il exerçait, François Carré préférait inciter ses patients à bouger progressivement, se basant plutôt sur l’objectif communiqué par l’Organisation mondiale de la santé(Nouvelle fenêtre), "réalisable par tout le monde" : au moins 60 minutes d’activité physique quotidienne. "Quand j’étais plus jeune, je disais à mes patients : ’C’est 30 minutes de marche ou rien !’ C’était une erreur. J’ai appris qu’il vaut mieux enjoindre quelqu’un qui ne marche que dix minutes à passer à 15, plutôt que lui dire que ce n’est pas assez."

Si une personne se lève deux fois dans la matinée et trois fois l’après-midi, c’est déjà beaucoup mieux que rien. Si elle peut faire plus, c’est encore mieux.
François Carré, président du collectif Pour une France en forme à franceinfo

Que faire alors pour les travailleurs collés à leur bureau ? Félix Faber préconise de fléchir et tendre la cheville de manière répétée, ou bien, même en position assise, de se mettre sur la pointe des pieds pour travailler les mollets. Pendant les pauses, le kinésithérapeute recommande, quand c’est possible, d’aller chercher de l’eau ou un café à l’étage supérieur ou inférieur, et de préférer les escaliers aux ascenseurs.

Des solutions commencent à se mettre en place dans certaines entreprises, comme des bureaux où le salarié peut travailler debout ou en marchant sur un tapis roulant, ou des vélos d’appartement spécialement conçus pour y déposer un ordinateur. Depuis trois ans et demi, Lou ne travaille plus sans le pédalier installé sous son bureau. "Au départ, j’avais du mal à taper sur le clavier et pédaler en même temps, mais maintenant, je me sens beaucoup plus concentrée quand je pédale", observe cette contrôleuse de gestion, sujette jusqu’alors à des sciatiques. Tant pis si quelques gouttes de sueur pointent le bout de leur nez. "Maintenant, c’est automatique, quand j’ouvre mon ordinateur, je pédale, observe la quadragénaire. Si je ne l’avais plus, il me manquerait."

Article France Info du 17 novembre 2025

Article publié le 17 novembre 2025.


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