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McDonald’s se gave d’argent public en France

Le géant du fast-food a copieusement profité des dispositifs de crise, tout en versant des milliards de dividendes. Le tout, au mépris des employés et de leurs conditions de travail, selon un rapport du réseau ReAct.

La crise du Covid-19, un temps béni pour les multinationales ? C’est clairement le cas pour le numéro un mondial du fast-food et deuxième employeur privé en France. Selon un rapport de l’ONG ReAct (Réseau pour l’action collective transnationale), qui a passé au crible les comptes de McDonald’s depuis une dizaine d’années, le groupe américain a largement profité des aides gouvernementales pendant la crise sanitaire, alors même que celui-ci continuait à enregistrer des bénéfices.« Les directeurs financiers de McDonald’s arrivent à émarger à tous les guichets de l’argent public, même en pleine pandémie et alors que de nombreux commerces et restaurateurs étaient réellement en difficulté »,réagit le sénateur communiste du Nord, Éric Bocquet, qui a suivi le dossier.

Fraude au chômage partiel

Parmi ces aides, selon les auteurs du rapport, la multinationale a notamment largement bénéficié de la réduction de moitié de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (Cvae). Censée aider les entreprises percutées par les restrictions sanitaires, cette mesure a permis au groupe d’économiser 11 millions d’euros. Propriétaire des murs de ses quelque 1 500 restaurants en France, dont 70 % sont des franchises, la firme a aussi pu profiter d’une belle ristourne fiscale en acceptant de ne pas prélever des loyers aux gérants de ses propres fast-foods. Mais ce n’est pas tout. Dans un communiqué d’avril, la CGT commerce et services alertait sur une fraude au chômage partiel, indemnisé par l’État, observée dans certains restaurants : au lieu de reverser 8,03 euros net de l’heure à leurs salariés, les directions rémunéraient ces travailleurs 30 centimes de moins et se mettaient la différence dans la poche.

Pourtant, révèle le rapport, McDonald’s était loin d’avoir besoin de ces millions d’euros d’argent public, tant la crise a peu secoué la firme. Les restaurants aux arches dorées ont même réussi à augmenter leurs bénéfices par rapport à l’année précédente. Le rapport du ReAct note ainsi que, au« niveau mondial, les résultats de McDonald’s Corporation pour le troisième trimestre 2020 (…) sont même supérieurs à ceux du troisième trimestre 2019 »,avec un bénéfice s’élevant à 1,76 milliard de dollars, contre 1,61 milliard. Une santé économique impeccable qui s’explique notamment par le système des « drives », largement développés par l’enseigne et dont la fréquentation a explosé pendant les confinements. Avec ses 1 500 restaurants, la France, deuxième marché du groupe derrière les États-Unis, participe de cette opulence.

Les précaires à la porte

De cette profusion de profits et d’argent public, les 75 000 salariés français de McDonald’s, eux, n’auront pas vu la couleur. Et pour cause : en 2020, le géant de la restauration rapide a versé à ses actionnaires 4,6 milliards de dollars, notent les auteurs du rapport. Les travailleurs, de leur côté, peuvent toujours attendre.« Nous avons eu des remontées de certains salariés en période d’essai, à laquelle McDonald’s a mis fin. C’est assez révélateur du comportement du groupe envers ses employés. Au lieu de leur proposer un emploi stable, puisqu’il avait les moyens de le faire, le groupe s’est séparé des employés dont il pouvait légalement se débarrasser »,explique Adèle Lepoutre, chargée de campagne au ReAct. Le tout, au plus grand mépris des engagements de la firme, qui avait promis de créer 20 000 emplois nets entre 2012 et 2019. En 2020, seule la moitié avait effectivement été créée.

Pour Éric Bocquet, si la situation de McDonald’s met parfaitement en lumière la manière dont les multinationales font peu de cas de leurs travailleurs, contrairement à leurs actionnaires, elle illustre également le très actuel débat sur la conditionnalité des aides publiques.« On pourrait imaginer qu’à partir d’un certain niveau de bénéfices, il n’y ait pas d’aides publiques octroyées. Le deuxième employeur mondial a non seulement des moyens propres pour organiser sa survie dans une crise comme celle-ci, mais il peut continuer de prospérer »,fait valoir l’élu communiste.« On espère démontrer la nécessité d’une meilleure régulation des multinationales. On ne peut plus tolérer un tel fossé entre des salariés obligés de se fabriquer des masques avec du Sopalin et des actionnaires qui ont touché des milliards de dividendes »,conclut Adèle Lepoutre.

Article L’Humanité du 27 janvier 2021

Article publié le 29 janvier 2021.


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