vous êtes ici : accueil > Divers
L’enchaînement des vagues de chaleur pèse déjà sur nos portefeuilles. Canicules et autres catastrophes naturelles entraînent une « climateflation », qui peut être freinée en menant une transition écologique.
Quand le thermomètre grimpe, l’addition à la caisse aussi. Les vagues de chaleur, comme celles que la France traverse actuellement, entraînent en effet une hausse des prix. De manière générale, l’intensification des catastrophes naturelles sous l’effet du dérèglement climatique génère de l’inflation. C’est ce que les économistes appellent la « climateflation », ou « inflation climatique » en français.
Ce phénomène est désormais bien documenté. En Europe par exemple, la canicule de l’été 2022 a accru les prix des denrées alimentaires de 0,67 point de pourcentage, selon une étude de la Banque centrale européenne (BCE) et du Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK)1. Cela notamment en raison d’une baisse des rendements agricoles, qui réduit l’offre et pousse mécaniquement les prix à la hausse. Le prix de l’huile d’olive sur le Vieux continent a par exemple bondi de 78 % entre 2022 et 2024 à cause de la sécheresse dans le bassin méditerranéen qui a touché les récoltes d’olives.
A l’échelle mondiale, selon les scénarios de l’étude de la BCE et du PIK, le réchauffement climatique entraînera des hausses annuelles de l’inflation alimentaire comprises entre 1,8 et 4,3 points de pourcentage, et pour l’inflation en général, entre 0,9 et 2,2 points, à l’horizon 2060.
Les auteurs de l’étude préviennent que ces résultats pourraient être sous-estimés puisqu’il est difficile de réaliser une évaluation exhaustive en raison de la grande diversité des événements climatiques susceptibles d’avoir un impact sur les prix. « Par exemple, les cyclones tropicaux et l’élévation du niveau de la mer [qui n’ont pas été étudiés dans l’étude, NDLR] causent des dégâts aux infrastructures et à la production et constituent donc des sources potentielles de chocs inflationnistes importants », précisent-ils.
Factures alourdies
Le changement climatique n’affecte effectivement pas seulement les prix de l’alimentation. De façon globale, la production de tous les secteurs est réduite lors de vagues de chaleur en raison d’une baisse de la productivité. « Les canicules réduisent le rendement du travail par le biais de mécanismes physiologiques, cognitifs et liés au sommeil qui s’étendent bien au-delà du travail en extérieur (…), des études de terrain faisant systématiquement état de pertes de productivité dans tous les secteurs », indique une étude d’Allianz sur les coûts économiques des chaleurs extrêmes2.
Les catastrophes naturelles et températures extrêmes fragilisent par ailleurs les infrastructures, faisant grimper les coûts de réparation et de maintenance, ce qui peut se répercuter sur les prix à la consommation. Aux Etats-Unis, par exemple, des fournisseurs d’électricité ont augmenté leurs tarifs en justifiant la hausse par le coût des interventions après des catastrophes naturelles.
Ces dernières font aussi augmenter les prix des assurances avec la hausse du nombre et de la gravité des sinistres. Une étude états-unienne sur le coût de l’inaction climatique3 estime ainsi que le dérèglement climatique a contribué à renchérir les primes d’assurances habitation aux Etats-Unis de 360 dollars par mois en moyenne entre 1990 et 2023. « Les ménages à faibles revenus sont généralement les plus durement touchés par ces coûts supplémentaires, car ces dépenses représentent une part plus importante de leur budget », estime par ailleurs l’étude qui conclut que le changement climatique coûte déjà entre 400 et 900 dollars par an aux ménages états-uniens.
Une part de ces coûts résulte d’une hausse de la consommation énergétique en été à cause des besoins croissants en climatisation. A cela s’ajoute un effet d’aubaine pour certains vendeurs, qui savent que les événements extrêmes poussent les consommateurs à l’achat, même si les tarifs flambent. Selon l’UFC Que choisir, le tarif moyen des climatiseurs mobiles a ainsi grimpé de 22 % en juin. La pénurie liée aux achats massifs sur une courte période est en cause, mais certains vendeurs surfent aussi sur la vague de chaleur pour accroître leurs prix, accuse l’association de consommateurs.
Greenflation ou fossilflation ?
Mais tout n’est pas perdu ! Des politiques d’adaptation, telles qu’une réorientation de l’agriculture vers des cultures plus adaptées aux nouvelles températures, pourraient limiter les impacts sur la production. Plus globalement, une véritable transition écologique permettrait de limiter la climatefation, même si cela implique d’investir à court terme.
Examinant les différents scénarios d’inflation future, l’étude de la BCE et du PIK précédemment citée indique qu’« au-delà de 2035, l’ampleur des effets estimés sur l’inflation varie considérablement d’un scénario à l’autre selon le niveau des émissions carbones, ce qui suggère qu’une réduction importante des émissions de gaz à effet de serre pourrait réduire considérablement ces effets ».
A horizon 2060, l’augmentation annuelle de l’inflation entre le scénario avec les émissions les plus élevées et celui avec les émissions les plus basses est doublée, passant de 1,1 à 2,2 points.
Cependant, les politiques de transition risquent, elles aussi, de générer de l’inflation. L’électrification de nos usages, entre autres, accroît la demande pour certains métaux rares, comme le lithium, le cobalt ou le nickel, nécessaires pour construire des véhicules électriques ou des éoliennes, alors que l’offre restera relativement limitée à court et moyen terme. Ce décalage entre la demande et les capacités de production risque de faire grimper les prix.
L’inflation liée à la transition, aussi appelée « greenflation », est toutefois préférable, à la fois pour la planète et parce qu’elle nous évitera à long terme l’inflation climatique, ainsi que la « fossilflation », ou « inflation fossile ».
En effet, notre dépendance aux énergies fossiles nous rend vulnérables aux chocs réguliers sur leurs prix, comme l’ont montré la crise inflationniste de 2022 en Europe ou la récente flambée des prix des carburants à cause du blocage du détroit d’Ormuz. Pour se débarrasser de cette inflation, nous devons donc rapidement décarboner nos économies. Une transition à planifier pour en limiter les effets indésirables.
Article Alternatives Économiques du 9 juillet 2026
Article publié le 15 juillet 2026.