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Série Faut-il avoir peur de la dette ? Huit questions pour comprendre le débat budgétaire

2/8 : Budget : la dette nous coûte-t-elle trop cher ?

La charge de la dette, comparée à celle d’autres pays, n’est pour l’instant pas inquiétante. La crise politique, si elle perdurait, pourrait néanmoins rendre la situation problématique.

Avec 52 milliards d’euros dépensés cette année pour payer les intérêts de sa dette publique, la France n’a jamais eu autant d’argent à verser pour rembourser ses créanciers. Et ce depuis le milieu des années 1970, qui marque le début de la progression quasi continue de sa dette. Comme le déficit budgétaire va encore rester élevé cette année et l’an prochain, la dette va continuer à grimper et les intérêts à payer aussi.

Mais le montant absolu des intérêts, s’il donne un ordre de grandeur des sommes en jeu, n’est pas le seul indicateur à considérer. Sinon, comparée aux plus de 1 000 milliards payés par les Etats-Unis, la charge de la dette française apparaîtrait toute petite !

Mieux vaut alors tenir compte de la taille des économies. C’est la raison pour laquelle on ramène généralement les intérêts payés chaque année à la production de richesse de l’année, le PIB. A cette aune, la situation française est quelque peu relativisée. Si l’Allemagne et le Japon dépensent peu pour assurer le service de leur dette au regard de la taille de leur économie, l’Italie, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis doivent y consacrer bien plus de moyens que nous.

Pour autant, il n’y a pas de quoi se réjouir, car la dynamique française de ces dernières années n’est pas bonne. La charge de la dette ne cesse de progresser et elle se situe désormais à sa moyenne historique de longue période (1978-2024).

Rien de dramatique à ce stade. Mais la multiplication d’années avec des déficits élevés et leur association à des taux d’intérêt plutôt hauts (même une fois l’inflation prise en compte) ne peuvent que conduire à accroître le coût de la dette.

Le poids de l’instabilité politique

L’Hexagone remboursant ses créanciers rubis sur l’ongle, il y a peu de risques que ces derniers se détournent du pays. Mais, à l’image de l’agence de notation Fitch, qui a dégradé la note de la dette publique française, les créanciers pourraient s’inquiéter de la persistance d’une situation politique sans issue.

« Cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mener une véritable consolidation budgétaire », indique l’agence.

En clair, le bazar politique issu de la dissolution rend la classe politique incapable de trouver la voie d’un compromis pour remettre les finances publiques françaises dans les clous.

Avec comme résultat que « les déficits budgétaires français resteront au-dessus de 5 % du PIB en 2026-2027 ». L’agence pense donc que la classe politique hexagonale sera incapable de boucler une stratégie de réduction des déficits pour les deux années qui viennent. De quoi instiller une forme de malaise chez les créanciers et les inciter à réclamer des taux d’intérêt plus élevés, comme ils le font depuis la dissolution ratée de 2024.

Et cela sans compter sur la cacophonie trum­piste : celle-ci pourrait entraîner une crise de la dette publique américaine qui ne manquerait pas de se répercuter de ce côté-ci de l’Atlantique avec des taux d’intérêt poussés à la hausse.

Le coût de la dette française reste gérable aujourd’hui. Mais la probabilité d’une crise n’est plus nulle.

Article Alternatives Économiques du 23 octobre 2025

Article publié le 7 novembre 2025.


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