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4/8 : Dette : la France est-elle au bord de la faillite ?
Avec la troisième dette la plus élevée de la zone euro, l’Hexagone semble foncer droit dans le mur. Mais en réalité, sa probabilité de faire faillite est presque nulle.
« La dette augmente de 5 000 euros par seconde », a martelé tout l’été l’ex-Premier ministre François Bayrou. Et d’en conclure : « Le diagnostic vital de la France est engagé. » Mais existe-t-il vraiment un risque de faillite ?
Juridiquement, non. Aucun tribunal ne peut liquider un Etat. La faillite désigne un défaut souverain : l’impossibilité pour l’Etat en question de rembourser ses créanciers. Mais contrairement à un ménage, un Etat – qui emprunte lorsque ses recettes (impôts et taxes) ne suffisent pas à couvrir ses dépenses – ne meurt pas et peut donc « rouler sa dette ». C’est-à-dire emprunter pour rembourser ses dettes anciennes.
Tant que le taux d’intérêt reste stable, le risque de défaut est nul. S’il augmente, toutefois, la dette ainsi roulée devient de plus en plus chère car les intérêts s’alourdissent. A force, « les marchés peuvent refuser de prêter », explique Laure Quennouëlle-Corre, historienne et directrice de recherche au CNRS1. La France n’a plus connu de défaut depuis la « banqueroute des deux tiers » de 1797 : le Directoire, ruiné par les guerres et l’effondrement du système fiscal, a alors annulé deux tiers de sa dette, détenue par des bourgeois, petits propriétaires, notables, etc. Depuis, la France a toujours remboursé. Jusqu’à aujourd’hui ?
Amortisseurs grippés
Certains le craignent, car la dette grossit plus vite que la richesse nationale, mesurée par le produit intérieur brut (PIB). De 60 % du PIB en 2000 à 100 % pendant la pandémie, elle est passée à 115 % aujourd’hui. Et les amortisseurs ne fonctionnent plus.
En 2021, l’inflation à 5 % avait, par exemple, gonflé le PIB et allégé ainsi le ratio d’endettement (dette/PIB) après un pic à 121 %. Mais la hausse des prix ralentit désormais. L’autre amortisseur, la croissance, est aussi grippé. Résultat, notre radio d’endettement pourrait dépasser 120 % d’ici à 2030, projette l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
On reste loin des 300 % atteints pendant les guerres mondiales. Mais, à l’époque, « la dette était détenue par les ménages et les banques françaises », rappelle Laure Quennouëlle-Corre. Aujourd’hui, 55 % appartiennent à des prêteurs étrangers. S’ils doutent de la solvabilité de l’Etat, ils exigeront des primes de risque plus élevées pour prêter. La Grèce l’a appris à ses dépens en 2012 : quand les investisseurs ont découvert l’ampleur de son déficit (15 % de son PIB en 2009) et ses comptes publics falsifiés, les taux ont dépassé 30 %.
Avec 3,5 % à la rentrée, la France semble avoir de la marge. Mais la tendance est toutefois à la hausse, ce qui, selon la Cour des comptes, devrait porter les intérêts de la dette française à 108 milliards d’euros en 2029. Le double de leur valeur en 2024.
Comment les financer ? En réduisant les dépenses, en augmentant les recettes, ou par une subtile combinaison des deux leviers. Mais les discussions budgétaires achoppent en ce moment entre autres sur ce point.
Dans une impasse persistante, la France pourrait emprunter au Fonds monétaire international. Mais en échange de mesures d’austérité, surtout des coupes budgétaires, constate le think tank autrichien WIIW. La France pourrait également emprunter au Mécanisme européen de solidarité (MES), créé en 2012 pour éviter une nouvelle crise grecque. Lui prête en échange d’un plan de réformes validé par Bruxelles, ce qui correspond à une mise sous contrôle partielle de notre politique économique par nos voisins.
Avant d’en arriver là, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait acheter de la dette française de « seconde main » à des investisseurs pour relâcher un peu la pression si cela s’avérait nécessaire. Et ce en vertu d’un nouvel instrument de gestion de crise (dit « instrument de protection de la transmission ») qu’elle a instauré en 2022. Mais ces options restent aujourd’hui encore largement hypothétiques.
Article Alternatives Économiques du 27 octobre 2025
Article publié le 17 novembre 2025.