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Série Faut-il avoir peur de la dette ? Huit questions pour comprendre le débat budgétaire

6/8 : Budget : peut-on s’endetter davantage pour financer nos besoins ?

La défense et la transition énergétique nécessitent des investissements d’ampleur qui semblent difficilement conciliables avec une réduction de la dette publique. Pourtant, il y a des marges de manœuvre.

Comment réduire la dette, vu l’ampleur de nos besoins ? En particulier, l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 nécessite de dépenser 100 milliards d’euros en plus chaque année. Côté défense, la loi de programmation militaire pour 2024-2030 fait passer notre budget annuel de 50 à 67 milliards d’euros.

Les pays qui ont récemment augmenté leur effort de défense l’ont financé par une hausse du déficit, donc de la dette. C’est le cas de la Pologne, dont les dépenses militaires sont passées en quelques années de 2,2 % à 4,2 % de son produit intérieur brut (PIB), et de la Finlande (de 1,3 % à 2,3 %). Mais leurs dettes respectives n’atteignent que 57 % et 83 % de leur PIB, contre 115 % pour l’Hexagone.

Dans ce contexte, en France, le financement de la transition et de la défense risque d’être associé à des coupes, notamment dans les dépenses sociales, qui sont dans le viseur.

Mais « avoir des dépenses de défense financées en créant un sentiment d’injustice est le meilleur moyen de propulser Marine Le Pen au pouvoir en 2027, donc un parti proche de la Russie, ce qui va à l’encontre de notre objectif de base », alertait Olivier Schmitt, professeur à l’Institut des opérations militaires du Collège royal de défense danois, dans nos colonnes en mars.

Côté transition, le mouvement des gilets jaunes a également montré avec force qu’une transition injuste ne pouvait pas porter ses fruits.

Des leviers à moindre coût

Et si on sortait, comme certains le proposent, ces dépenses du calcul du déficit ? Cela permettrait de contourner les règles budgétaires européennes, avec lesquelles « nos objectifs de réduction des émissions semblent difficilement compatibles », rappellent les économistes Cyprien Batut et Jonas Kaiser dans une note de l’Institut Avant-garde. Mais ça ne règle pas le problème à long terme, puisque les dépenses sanctuarisées viendraient au final augmenter la dette.

Il en va de même avec la possibilité laissée aux Etats membres par la Commission de creuser le déficit de 1,5 % par an pour financer la défense : certains pays pourraient y renoncer du fait de leur déficit déjà élevé.

Quant à la proposition de financer la défense par un emprunt européen commun, s’il n’est pas adossé à de nouvelles ressources propres européennes, ce sera finalement aux Etats d’en payer la facture dans quelques années en piochant dans leurs budgets. C’est déjà ce qu’il risque de se passer avec le précédent – et premier ! – emprunt de ce type contracté pendant la crise sanitaire.

Peut-on, dès lors, se passer d’une augmentation de dette ? L’Etat peut aussi agir à moindre coût. Par exemple via de nouvelles régulations, en recentrant des aides sur les plus précaires, en réduisant les exemptions néfastes au climat, etc. Combiner ces leviers réduirait nettement le besoin de dépenses publiques pour atteindre nos objectifs.

Enfin, face à ceux qui font du rétablissement des comptes publics la priorité ultime, rappelons que ne pas investir suffisamment pour la transition risque de faire augmenter la dette. D’au moins 10 points de PIB à horizon 2050, « et probablement beaucoup plus au-delà », concluent Cyprien Batut et Jonas Kaiser.

Article Alternatives Économiques du 29 octobre 2025

Article publié le 28 novembre 2025.


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