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Sondage exclusif : les Français plutôt compréhensifs sur les causes de l’absentéisme

Horaires décalés, perte de motivation, contact plus tendu avec les usagers… Si les personnes interrogées expliquent ainsi l’absentéisme dans la fonction publique, près d’1 personne sur 2 estime que les fonctionnaires sont davantage absents que les salariés du privé, selon l’enquête Acteurs publics/EY pour l’Observatoire des politiques publiques réalisée par l’Ifop.

Alors que l’absentéisme dans la fonction publique enflamme régulièrement le débat public, l’enquête Acteurs publics/EY pour l’Observatoire des politiques publiques réalisée par l’Ifop met en évidence les tensions entourant cette question.

Si l’écart avec le secteur privé est majoritairement reconnu, les explications de ce phénomène et les solutions envisagées varient profondément selon les acteurs concernés.

Premier enseignement du sondage : 44 % des Français estiment qu’il y a davantage d’absentéisme dans les administrations publiques que dans les entreprises privées, et seul 1 Français sur 3 (36 %) pense qu’il y a autant d’absentéisme dans les deux secteurs. Cette perception d’un absentéisme plus fort au sein du secteur public s’avère particulièrement ancrée chez les dirigeants d’entreprise et au sein des sympathisants Les Républicains (64 %) et Renaissance (55 %).
Horaires décalés

Concernant les causes, les agents de la fonction publique mettent l’accent sur des facteurs structurels liés à leurs conditions de travail, notamment les horaires décalés ou de nuit (87 %), ainsi que les exigences croissantes de la part des usagers auxquelles ils doivent faire face (76 %). Cette vision contraste nettement avec celle des dirigeants d’entreprise, qui privilégient une explication institutionnelle en pointant du doigt le système du jour de carence unique comme facteur incitatif aux absences (64 % contre 39 % chez les agents).

Les salariés du secteur privé soulignent quant à eux des aspects plus culturels et statutaires : 60 % d’entre eux mettent en avant la sécurité de l’emploi et une supposée culture administrative plus permissive face à l’absentéisme comme facteurs explicatifs.
Situations conflictuelles

Pour réduire l’absentéisme dans la fonction publique, des consensus se dégagent autour de la nécessité de traiter rapidement les situations conflictuelles et toxiques au travail, mais également de mieux former les managers à créer un environnement de travail positif et mieux détecter et sanctionner les fraudes pour assurer l’équité.

Enfin, la question de l’allongement du délai de carence de 1 à 3 jours dans la fonction publique pour les arrêts maladie cristallise les tensions entre différentes visions du service public. Bien qu’une majorité de Français interrogés y soit favorable (58 %), l’opposition marquée des agents publics à cette réforme (67 % d’opinions défavorables) traduit une inquiétude quant à la remise en cause de leurs acquis sociaux.

Paul Girre, chargé d’études au pôle “Actualités & Politique” à l’Ifop

Méthodologie
L’enquête Acteurs publics/EY pour l’Observatoire des politiques publiques réalisée par l’Ifop a été menée par questionnaire auto-administré en ligne les 30 et 31 janvier 2025 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par régions et catégories d’agglomération.

ANALYSE

Fonction publique : comment réduire un absentéisme complexe et multifactoriel ?

Par Aurélien Bouchet, associé EY Consulting “secteur public”, et Arnaud Lizé, directeur associé EY Consulting “secteur public”

L’absentéisme dans la fonction publique apparaît comme un sujet d’une actualité renouvelée, comme l’ont montré les récents débats concernant le projet de loi de finances 2025 ou les propos du ministre Laurent Marcangeli, qui affirmait : “Je souhaite engager une réflexion de fond sur l’absentéisme”, dans l’interview accordée à Acteurspublics.fr parue le 6 février dernier.

Dans le cadre de ces débats, il est souvent rappelé qu’il existe un écart significatif concernant le nombre de jours d’absence moyen entre le secteur privé et la fonction publique. Cependant, la comparaison directe entre le secteur privé et la fonction publique ne tient pas compte de la disparité des métiers qui existe entre les deux. Par exemple, s’il existe bien des infirmières dans le secteur privé et dans le secteur public, leur répartition n’est pas égale ni leur situation exactement comparable. En 2021, 76 % des infirmières travaillaient à l’hôpital (public ou privé)[1]. Parmi celles-ci, trois fois plus travaillaient au sein d’un établissement public, dont les rythmes horaires, de nuit et de week-end ne sont pas comparables à ceux du secteur privé, plus tourné sur une activité ambulatoire.
Des professions propres au secteur public

De plus, certaines professions, en particulier celles liées aux missions régaliennes et exposées à des risques spécifiques et donc à un absentéisme plus élevé (fonctionnaires de police, militaires ou magistrats par exemple), n’existent simplement que dans le secteur public.

Ainsi, comparer directement l’absentéisme du secteur public avec celui du secteur privé n’est pas méthodologiquement satisfaisant. C’est occulter la différence des métiers et des situations de travail des professionnels entre les deux secteurs. Plusieurs paramètres se combinent en effet pour rendre complexe l’appréhension de l’absentéisme dans la fonction publique, comme le montrent les développements ci-après.

En 2023, le nombre moyen par personne de jours d’absence par an pour raison de santé était de 10,3 dans le secteur privé contre 12 dans la fonction publique[2]. Cependant, cet indicateur varie fortement en fonction des métiers et des versants de la fonction publique. Ainsi, les agents de la fonction publique territoriale étaient absents 14,7 jours en moyenne pour raison de santé en 2023, contre 14 jours dans la fonction publique hospitalière, 8,4 jours dans la fonction publique d’État hors enseignants et 9,3 jours chez les enseignants. Les agents de la fonction publique d’État hors enseignants et les enseignants sont donc en moyenne respectivement moins absents pour raison de santé que les salariés du secteur privé.

Baisse significative après le Covid

Par ailleurs, la réduction post-Covid de l’absentéisme est plus marquée chez les fonctionnaires que chez les salariés du privé. Entre 2022 et 2023, le nombre de jours d’absence pour raison de santé a ainsi baissé de 2,5 jours dans la fonction publique contre 1,4 jour chez les salariés du secteur privé.

De plus, c’est dans tous les secteurs de la fonction publique nombre moyen de jours d’absence pour raison de santé a diminué significativement depuis la crise du Covid-19. Et c’est dans le domaine hospitalier que le nombre de jours d’absence pour raison de santé a baissé le plus significativement, avec – 4,1­jours.

À noter : certains métiers ont particulièrement recours aux congés pour invalidité temporaire imputable au service (Citis). Ces congés bénéficient aux agents victimes d’un accident du travail, de trajet ou d’une maladie professionnelle créant une incapacité à exercer leur fonction. Ainsi, les agents de la police nationale ont recours à 4,3 jours de Citis en moyenne, contre 1,6 jours dans la gendarmerie nationale et 0,7 dans l’éducation nationale.[3]

De plus, le taux d’absentéisme varie sensiblement selon le statut des agents. En 2021, les fonctionnaires de la fonction publique territoriale ont enregistré en moyenne 14,3 jours d’absence pour maladie ordinaire, soit un volume deux fois supérieur à celui des agents contractuels, qui affichaient alors 7,6 jours d’absence par personne.[4]
Statut, sexe, âge…

Par ailleurs, des disparités notables apparaissent en fonction du sexe. En 2023, dans l’ensemble de la fonction publique, les femmes ont été absentes pour raison de santé en moyenne 13,4 jours contre 9,6 jours pour leurs homologues masculins. Cette différence est particulièrement marquée dans la fonction publique hospitalière (FPH), avec 7,7 jours d’absence pour raison de santé en moyenne en plus chez les femmes. Dans le secteur privé, cet écart entre les sexes est plus modéré : 11,7 jours chez les femmes contre 9,1 chez les hommes.[5]

L’âge constitue également un facteur déterminant dans la durée des absences. En effet, les agents de 50 ans et plus dans la fonction publique totalisent en moyenne 16,4 jours d’arrêt maladie par an, soit le double de la durée observée chez les agents de moins de 30 ans.

Si la comparaison entre secteurs demeure ainsi complexe et sujette à débats, plusieurs pistes de réduction de l’absentéisme dans la fonction publique apparaissent plus que jamais d’actualité dans un contexte budgétaire tendu. Ces pistes relèvent de 3 types différents, qui sont à conjuguer pour obtenir des résultats probants.

Combiner les axes RH et managériaux

D’une part, il apparaît déterminant de mesurer finement “en tendance” et d’analyser en profondeur les causes multiples de l’absentéisme, grâces aux outils d’analyse des données les plus modernes, en suivant particulièrement les services au sein d’un ministère ou d’une collectivité dont les chiffres apparaissent en décalé par rapport à la moyenne, selon la logique de “mieux comprendre pour mieux agir”. Ce suivi permettrait ainsi d’élaborer des plans d’action spécifiques aux services où l’absentéisme est significativement plus élevé.
D’autre part, des axes RH et managériaux sont à combiner. Il s’agit ainsi d’agir sur la qualité de vie au travail – notamment en favorisant un environnement de travail de qualité (locaux, équipements ergonomiques…). Il apparaît également crucial d’œuvrer sur les aspects strictement RH, notamment en mettant en place un dispositif de reconnaissance pour les agents ayant un taux de présence solide, afin de conforter celui-ci, tout en facilitant, pour les agents, la possibilité de changer de poste ou d’affectation en cas de situation personnelle délicate afin de réduire les absences. Concernant les leviers managériaux de lutte contre l’absentéisme, il est souhaitable de former plus systématiquement les managers aux problématiques d’absentéisme tout en veillant à traiter (plus ?) rapidement les conflits et éventuelles situations toxiques, comme le soulignent d’ailleurs 86 % des Français dans le cadre du sondage. Sur un autre registre, un renforcement de la protection des agents – en particulier ceux exerçant une activité régalienne – face aux agressions apparaît également comme un axe essentiel de réduction des absences.

Enfin, des pistes plus contraignantes peuvent être envisagées, mais pas seules si l’on veut obtenir des résultats tangibles et durables. À court terme, il a ainsi été décidé que l’indemnisation des jours d’absence pour congé maladie ordinaire serait de 90 % au lieu de 100 %[6] , évolution qui permettrait de réaliser 900 millions d’euros d’économies par an. À moyen terme, se pose la question d’aligner les règles en vigueur dans le secteur public avec celles en vigueur dans secteur privé, avec la mise en place de 3 jours de carence, mesure soutenue par 58 % des Français selon le sondage.

Notes :

[1] “Démographie des infirmières et des aides-soignantes”, Drees, juin 2024.
[2] “Rapport annuel sur l’état de la fonction publique”, édition 2024 (DGAFP).
[3] Source : Mission d’après les rapports sociaux uniques des ministères.
[4] “Synthèse nationale des rapports sur l’état des collectivités au 31 décembre 2021”, DGCL.
[5]“Rapport annuel sur l’état de la fonction publique”, édition 2023, DGAFP.
[6] Durant les trois premiers mois du congé, selon l’article 189 de la loi n°2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025.

Article Acteurs Publics du 8 avril 2025

Article publié le 15 avril 2025.


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