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Une fermeture au goût amer pour les salariés de Knorr

Les syndicats de l’usine de Duppigheim (Bas-Rhin) ont signé hier le plan de sauvegarde de l’emploi. Peu qualifiés et assez âgés, les 261 ouvriers prochainement licenciés craignent de ne pas retrouver de travail.

Les lignes de production continueront de tourner au ralenti jusqu’à la fin septembre et les portes de l’entreprise Knorr, à Duppigheim (Bas-Rhin), se fermeront alors définitivement.

Les syndicats ont paraphé, hier en fin de journée, le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) proposé par la direction, après un vote favorable de la majorité des salariés. Il acte l’abandon d’activité sur le site, qui produisait des soupes industrielles et dont la fermeture avait été annoncée par le groupe Unilever — propriétaire de la marque — fin mars. 261 personnes vont être licenciées. « C’est un crève-cœur. On a tous donné des décennies de notre vie à cette boîte, on a tout donné pendant le Covid. Nous sommes amers, en colère, s’emporte Kamel, délégué CGT. Si vous rajoutez l’impact de la fermeture sur les fournisseurs, il y a en tout environ 900 postes menacés. »

Après une matinée de négociations laborieuses, pendant laquelle une centaine de salariés ont envahi la salle de réunion, les syndicats ont obtenu une avancée minime. Les indemnités se porteront à six mois de salaire brut et 2 000 € par année d’ancienneté, contre 1 800 € à l’origine. Cela reste loin de leurs revendications.

« Nous voulions 40 000 € et 2 500 € par année d’ancienneté, souligne Martial Schwartz, délégué FO. Unilever est le troisième groupe agroalimentaire mondial. Ce qu’il nous offre est indécent ! » Ceux qui choisiront le congé de reclassement toucheront 75 % de leur salaire brut, pendant douze mois maximum pour les moins de 45 ans, quatorze mois pour les salariés âgés de 45 à 53 ans, et jusqu’à seize mois pour les plus de 53 ans. Le temps de se former à un autre poste.

Ils pourront aller travailler dans d’autres sites du groupe à Saint-Dizier (Haute-Marne), Compiègne et Le Meux (Oise) ou Chevigny (Côte-d’Or). « Il y a 70 reclassements de prévu mais peu de gens sont intéressés puisque rien n’est en Alsace… », souffle Martial Schwartz. Les salariés craignent désormais de ne pas retrouver d’emploi. Dans le secteur, il y a bien une usine de Mars PF France, qui produit des croquettes pour chiens et chats, ou un site du géant de la bière Kronenbourg. Mais « le Covid change la donne, pense Kamel. L’heure n’est pas vraiment aux recrutements dans les boîtes… Nous repartons les articulations éclatées, le dos pété, sans avenir ou presque. »

« Nous sommes surtout assez peu qualifiés, nous avons des CAP ou BEP. La boîte ne nous a pas formés pendant des décennies, reprend Martial Schwartz. Les gens montaient en grade grâce à leur ancienneté. Il faudrait réaliser des formations de conducteur de ligne ou des validations d’acquis. Mais vu les âges, même avec ça, ça peut être compliqué… » En moyenne, les salariés sont âgés de 49 ans et 80 ont plus de 55 ans. Pour eux, pense Kamel, la vie professionnelle est « quasiment finie ». Tous pensaient réaliser l’ensemble de leur carrière dans cette usine « historique » de la région qui « payait plutôt bien » — entre 1 800 et 2 000 € par mois —, ouverte en 1983 dans cette commune de la banlieue de Strasbourg.

Las, les activités du site seront transférées à un sous-traitant en Bretagne et dans deux usines du groupe, en Roumanie et en Pologne. « Nous sommes des licenciements boursiers, déplore Kamel. La direction préfère investir dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère pour maximiser ses profits. » Les ouvriers paient aussi un changement d’habitude de consommation des Français, qui se désintéressent des briques de soupe pour privilégier le fait-maison.

En cinq ans, le marché a baissé de 18 %

D’après les données de l’IRI, spécialiste des tendances de consommation, 207 608 tonnes de soupes industrielles ont été vendues en 2020, contre 253 367 en 2016. Soit une baisse globale de 18 %. Pis, les ventes des marques Unilever ont chuté de 23 % en l’espace de trois ans, selon le groupe. « Le site de Duppigheim a vu sa production faiblir d’année en année. Aujourd’hui, elle n’était plus qu’à 40 % de sa capacité, justifie-t-on à la direction. Le site coûtait cher et nos soupes ne sont plus assez compétitives sur le marché français. »

Les syndicats reprochent malgré tout un « manque d’investissement et d’innovation » de la part d’Unilever. « Ils ont laissé mourir le site de production. Depuis 2015, ils font moins de publicité pour les soupes Knorr, forcément ça ne fonctionne plus, accuse Martial Schwartz. Et à la fin, c’est nous qui le payons. »

Article Aujourd’hui en France du 10 août 2021

Article publié le 11 août 2021.


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