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Depuis le début de la mobilisation lycéenne, les interpellations et les violences lors des interventions policières se multiplient. En huit jours, leur nombre a déjà dépassé celui enregistré pendant l’ensemble du mouvement contre le CPE en 2006, et se rapproche à grands pas du bilan établi pour les Gilets jaunes en près de dix mois. Une intensité qui souligne la dureté de la réponse apportée par les forces de l’ordre à la mobilisation.
Le 5 octobre au soir, à la veille de la journée de manifestation du mouvement des lycéens, le ministère de l’Intérieur déclarait que 6 059 interpellations avaient eu lieu depuis le 28 septembre, dont presque 2 000 le seul 1er octobre. Un chiffre qui paraît encore plus accablant lorsqu’on le met en regard d’un autre mouvement d’envergure, celui des Gilets jaunes : à l’époque, près de 12 000 personnes avaient été interpellées certes mais entre le 17 novembre 2018 et le 12 mai 2019, dont 8400 sur les trois premiers mois. En 2006, lors des mobilisations lycéennes contre le Contrat première embauche (CPE), le nombre d’interpellations a culminé à 4 350, en deux mois.
En parallèle, depuis le 28 septembre, dix enquêtes de l’Inspection générale de la police (IGPN) ont été ouvertes, et 215 jeunes ont été blessés, souvent par des tirs de LBD : entre autres exemples accablants, l’un d’entre eux a perdu sa main, un autre a été touché à l’oeil et pourrait en perdre l’usage, tandis qu’une jeune fille de 14 ans s’est faite longuement étranglée par un policier, comme le montre une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux. On a recensé aussi 78 personnels de l’Éducation atteints. En parallèle, le 3 octobre sur RTL, la porte-parole de la police nationale évoquait les blessures de « plus de 600 » agents.
Une violence alarmante mais dépassée en revanche par celle exercée durant les interventions policières contre les Gilets jaunes, lors desquelles on avait dénombré 2500 blessures – dont de trop nombreux éborgnés – chez les manifestants (les forces de l’ordre avaient quant à elle déclaré 1800 blessés au total à l’issue du mouvement).
Proportionnalité ?
Malgré cela, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez a réitéré sur France Inter le 6 octobre au matin son refus d’appeler ses fonctionnaires à la retenue. « Quand vous avez des dégradations, des professeurs qui sont menacés, des risques d’intrusion, on ne peut pas concevoir autre chose qu’une intervention de police ou de gendarmerie, pour rétablir l’ordre public (…). En revanche, cette intervention s’effectue dans la plus grande proportionnalité. » Principe qui est censé présider à l’usage de la force par la police, mais dont les interprétations sont variées.
Interrogé dans les colonnes de Libération, le sociologue Sebastian Roché pointe toutefois que la « concentration en dix jours de cas si graves face à un mouvement lycéen était jusque-là inconnue (…). On peut parler d’une rupture dans l’intensité de la réponse policière. » Tandis que cette journée de mobilisation du 6 octobre s’annonce tendue, l’apaisement n’est toujours pas en vue. Une des raisons pour lesquelles la CGT a décidé de joindre ses forces au mouvement afin d’aider à en protéger les manifestants, comme l’a souligné la secrétaire générale Sophie Binet sur TF1 le lundi 5 octobre.
Article NVO du 6 octobre 2026
Article publié le 6 octobre 2026.